ADELINE ANDRÉ

Adeline André, née en 1949 à Bangui alors en Afrique-Équatoriale française, s’est imposée comme l’une des voix majeures de la mode contemporaine. Fondatrice de sa maison éponyme en 1981, elle a révolutionné la vision du vêtement par une quête obstinée de pureté des coupes et de fluidité, lui valant le titre de « Mother of Minimalism » dans les années 1990. Sa démarche a profondément marqué l’histoire de la mode en plaçant le mouvement du corps au cœur de la création et en introduisant des innovations structurelles — notamment le brevet du vêtement à trois emmanchures — qui continuent de nourrir l’esthétique minimaliste et la pensée durable de l’industrie.

Chronologie détaillée

Débuts et formation (1949–1979)

Née au sein d’une famille d’origine européenne installée en Afrique-Équatoriale, Adeline André grandit à Paris dans un environnement où la culture visuelle et artistique était valorisée. À la fin des années 1960, elle part à Londres pour poursuivre son rêve de photographe de mode, s’initiant parallèlement au dessin et confectionnant déjà ses propres vêtements. De retour à Paris, elle rejoint directement la deuxième année de l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, tout en suivant les cours de dessin de Salvador Dalí au Meurice.

En 1970, elle entre chez Christian Dior comme assistante de Marc Bohan pour les collections de haute couture, où elle affine sa compréhension des volumes et des drapés. Cette expérience formative la convainc que le vêtement doit être pensé comme une extension du corps en mouvement, sans artifice superflu.

Émergence et reconnaissance (1980–1995)

En 1981, soutenue par son partenaire István Dohar, Adeline André crée sa propre maison et dépose auprès de l’INPI son innovation la plus célèbre : le vêtement à trois emmanchures, pensé pour « s’envelopper » ergonomiquement sans boutonnière ni doublure apparente. Sa première collection automne-hiver 1983-1984, présentée dans la galerie Daniel Templon, surprend par son dépouillement et ses longueurs éthérées.

Au fil des années 1980, elle développe un code esthétique fondé sur l’absence de padding, de couture superflue et l’usage exclusif de matières naturelles travaillées dans le biais. En 1993, le New York Times la sacre « Mother of Minimalism », saluant sa rigueur et sa vision novatrice des volumes1. En mai 1997, elle devient membre invitée de la Chambre Syndicale de la Haute Couture, statut pérennisé en janvier 2005.

Maturité créative (1996–2025)

Durant cette période, Adeline André affine ses innovations techniques : le tour-robe-pantalon, silhouette hybride qui tourne à chaque pas, et la déclinaison variée du concept trois emmanchures en robes, manteaux et vestes souples. Ses pièces entrent dans les collections du Palais Galliera à Paris, du FIT de New York et du MUDE de Lisbonne, attestant de leur importance muséale.

Parallèlement à ses collections, elle collabore avec la danse et l’opéra : costumes pour Trisha Brown au Théâtre de Lyon (2017), pour Angelin Preljocaj (2022) et pour Alexei Ratmansky à l’Opéra de Paris (Psyché, 2011). En 2013, elle transpose sa palette chromatique au service de table « Archipel » en porcelaine, créé pour Sèvres, illustrant son goût pour le dialogue entre formes et couleurs.

Pour sa collection haute couture automne-hiver 2025-2026, elle rend hommage à Paul Poiret en revisitant le « Poiret coat » de 1914, conçu en cachemire bleu minuit et exposé au Musée des Arts Décoratifs de Paris.

Héritage et impact

L’héritage d’Adeline André tient avant tout à son renouveau du vêtement minimaliste, qui a inspiré des générations de créateurs soucieux de fonctionnalité et d’esthétique épurée. Sa démarche écologique, privilégiant les tissus naturels de qualité, anticipe les préoccupations de durabilité actuelles. Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres depuis 1997, elle enseigne la couleur à son ancienne école, transmettant sa vision rigoureuse du design.

Sa marque, structurée autour de la commande sur mesure, reste fidèle à l’esprit artisanal de la haute couture tout en explorant de nouveaux champs interdisciplinaires (céramique, costumes de scène). Par son approche de la mode comme une symbiose entre tissu et corps, Adeline André laisse un héritage durable, au carrefour de l’art, de la performance et de l’innovation technique.

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