CHAUMET
Fondée en 1780 à Paris, Chaumet est l’une des plus anciennes maisons de joaillerie françaises. Son histoire commence sous le règne de Louis XVI avec Ange-Joseph Aubert, le premier joaillier de Marie-Antoinette, puis Marie-Étienne Nitot, qui fit rapidement de la maison le fournisseur attitré de l’impératrice Joséphine, épouse de Napoléon Ier. Inspirée par l’ambition politique de l’Empire, Chaumet a contribué à faire de la France un centre incontournable du luxe, de la création et de la mode. La maison s’installe définitivement place Vendôme en 1812, adresse mythique restée indissociable de son identité.
Évolution stylistique et directeurs artistiques
Au fil des décennies, Chaumet a su transmettre son savoir-faire à travers des styles variés, épousant les influences du romantisme, de la nature ou encore du bestiaire impérial. Sous l’impulsion de Joseph Chaumet (directeur à partir de 1885), la maison s’ouvre encore davantage à l’international, intégrant notamment l’esthétique japonaise dans certaines créations tout en préservant sa signature. Durant la période Art déco, Marcel Chaumet révolutionne la maison par ses créations avant-gardistes, marquées par des lignes géométriques et des jeux de contrastes. Après la Seconde Guerre mondiale, les fils de Marcel — Jacques et Pierre Chaumet — poursuivent cette dynamique créative, ouvrant la voie à une clientèle plus large et diversifiant la production avec l’horlogerie de luxe.
En 1999, après une décennie difficile marquée par un scandale financier, Chaumet intègre le groupe LVMH, ce qui lui permet d’accélérer sa croissance internationale et d’opérer sa mue vers un luxe encore plus contemporain, notamment par l’influence de nouveaux directeurs artistiques.
Contexte historique et clientèle
Depuis ses débuts, Chaumet s’est située au cœur des grands mouvements historiques européens. Fournisseur de l’impératrice Joséphine puis de la famille royale Louis-Philippe, la maison a rapidement acquis une renommée auprès des grands de ce monde, qu’ils soient aristocrates, mécènes internationaux ou célébrités. Au XXe et XXIe siècles, la clientèle s’est diversifiée avec l’essor du marché international, notamment asiatique. La Chine, par exemple, représente aujourd’hui un marché majeur pour la stratégie de Chaumet, avec près de 27 boutiques ouvertes en 2021 et une croissance à deux chiffres sur ce territoire. La génération Z y incarne déjà une part significative du public, recherchée pour son goût de l’authenticité alliée à la modernité de la maison.
Engagements sociaux et environnementaux
Consciente de l’importance de l’éthique dans le luxe contemporain, Chaumet multiplie depuis plusieurs années les actions de responsabilité sociale et environnementale. Membre du Responsible Jewellery Council et signataire du Processus de Kimberley, la maison mène aujourd’hui des initiatives audacieuses telles que l’utilisation d’or 100% traçable et durable, illustrée en 2025 par le lancement du pendentif Bee issu exclusivement de filières responsables. Cet engagement s’intègre dans le programme LIFE 360 de LVMH et se prolonge avec des actions concrètes sur la traçabilité des matériaux, la réduction de son empreinte carbone, l’éco-conception des packagings et le soutien au développement durable des mines artisanales via la Swiss Better Gold Association.
Succes commerciaux, marketing et collaborations
Chaumet figure aujourd’hui parmi les maisons de joaillerie les plus florissantes de la place Vendôme, avec 94 magasins dans le monde en 2025 et un rayonnement constant. Ses collections phares — Bee My Love, Joséphine, Liens — incarnent à la fois tradition et innovation. L’accroissement de sa présence mondiale, et notamment en Asie, s’appuie également sur un marketing expérientiel et digital audacieux : événements, expositions virtuelles, synergies avec l’hôtellerie de luxe, ou encore collaborations iconiques comme celle organisée avec l’hôtel Peninsula Paris autour de la collection Bee.
Codes iconiques et créations légendaires
Le diadème, signature de la maison, symbolise la légèreté, l’audace et la maîtrise du geste joaillier. D’autres pièces emblématiques se sont hissées au rang d’icônes : la bague Joséphine, inspirée de la première muse de la maison ; la collection Liens, qui célèbre les liens d’amour et d’amitié (créée en 1977) ; la ligne Bee My Love, récemment revisitée pour incarner les nouveaux engagements durables de la marque. L’abeille, référence impériale, est devenue un des motifs fixes de l’identité Chaumet, de même que le brin de blé et la nature stylisée, célébrés dans la collection Jardins.
Controverses et gestion des crises
En 1987, la maison traverse une grave crise avec la faillite tonitruante due à la gestion aventureuse des frères Chaumet. Impliqués dans un vaste scandale financier, ils sont condamnés et incarcérés, mettant à mal l’image de la maison qui affichait alors un passif de 1,8 milliard de francs pour un chiffre d’affaires annuel de 600 millions de francs. Chaumet parvient toutefois à rebondir, d’abord sous la houlette du fonds Investcorp, puis grâce à son rachat en 1999 par LVMH, qui lui rend son prestige en misant sur la transparence, l’innovation et un repositionnement haut de gamme.
Collaborations et impact
Les collaborations de Chaumet participent à son rayonnement, qu’il s’agisse d’alliances dans l’hospitalité de luxe, comme le tea time exclusif organisé au Peninsula Paris autour de la collection Bee, ou de synergies patrimoniales avec d’autres maisons de LVMH, comme Guerlain (co-création du fameux flacon aux Abeilles). Ces opérations assurent à Chaumet une présence renouvelée sur la scène internationale, auprès d’une clientèle toujours plus exigeante en expérience et en storytelling.
Conclusion : héritage, modernité et influence
Plus de deux siècles après sa fondation, Chaumet reste une référence absolue de la haute joaillerie française. Son identité — entre tradition, modernité, responsabilité et créativité — s’exprime dans ses icônes, ses engagements éthiques et sa capacité à fédérer une communauté de clients fidèles, exigeants et cosmopolites. L’histoire de Chaumet continue ainsi de s’écrire à la croisée des époques, des inspirations et des générations.