GLAMOUR HOLLYWOODIEN DES ANNÉES 40
Le style glamour hollywoodien des années 40 désigne un ensemble de codes vestimentaires et esthétiques popularisés au sein de l’industrie du cinéma états-unien durant la période dite de l’Âge d’Or hollywoodien. Son essence repose sur la sublimation de la féminité, un raffinement sophistiqué et la création d’une irréalité séduisante dans un contexte de crise et de guerre mondiale. Cette esthétique naît des studios de la Metro-Goldwyn-Mayer, Paramount, Warner Bros et Universal, alors que le costume et le maquillage participent à la construction mythique des stars.
Caractéristiques visuelles et esthétiques distinctives
Ce style se caractérise par des tenues spectaculaires : robes du soir en satin ou velours, drapés, épaules structurées, tailles marquées, et traînes ou fentes savamment pensées. Les matières jouent sur la lumière : lamés, mousselines, satins chatoyants. La palette s’articule autour du noir, du blanc, du rouge, du doré, ou encore des nuances métalliques, accentuant le jeu des éclairages cinématographiques. Les accessoires, tels que longs gants, boas de plumes, bijoux imposants, et minaudières, sont indissociables, tout comme les coiffures ondulées ou "Victory Rolls" et le maquillage accentuant bouche et regard.
Contexte socio-culturel d’émergence
L’essor du style coïncide avec la montée du star-system hollywoodien, à une époque où la Grande Dépression puis la Seconde Guerre mondiale imposent une recherche d’évasion. Le glamour des vedettes sur grand écran offre au public un modèle d’aspiration et de rêve en rupture avec les privations du quotidien. Le style glamour constitue dès lors un antidote à la morosité et un écran de projection aux idéaux de féminité, d’élégance et de pouvoir.
Influences et inspirations fondatrices
Ce courant s’inspire des tenues de scène (costume design hérité du théâtre), du classicisme grec (drapés, silhouettes de déesse), de l’Art déco, et des innovations de couturiers européens tels que Madeleine Vionnet ou Elsa Schiaparelli, dont Hollywood adapte et exagère les lignes. Le rôle central des costumiers structure l’identité visuelle des stars.
Période d’Émergence : Seconde moitié des années 1930 - début 1940
Au croisement de la Grande Dépression et du rayonnement croissant de l’industrie du cinéma, Hollywood crée l’étoffe des stars. Les premières actrices emblématiques imposent une image androgyne mais sophistiquée. Les pièces fondatrices incluent la robe sirène, les tailleurs structurés et les manteaux de fourrure. La musique jazz et swing, ainsi que l’esthétique de Broadway, alimentent ce tropisme pour l’exubérance maîtrisée.
Période de Popularisation : années 40
Alors que les restrictions liées à la guerre réduisent l’accès aux matières premières, l’ampleur du rêve hollywoodien s’intensifie par écran interposé. La diffusion mondiale des films amplifie la portée du style. Certaines maisons imposent une codification visuelle. Les costumes des films deviennent objets de culte. L’influence croisée des stars masculines participe aussi à la diffusion du tailleur élégant.
Période de Maturité : fin des années 40
Le style atteint une forme de standardisation : la silhouette « en sablier », les robes bustier de soirée, la popularisation du « New Look » de Christian Dior en 1947 s’inscrivent dans sa continuité. Il se diversifie par l’émergence de sous-genres, à l’image du glamour « film noir » (costumes sombres, atmosphères énigmatiques) ou du glamour balnéaire (maillots sculptants portés par les stars). Il s’intègre, via des patronages et la presse féminine, dans la mode quotidienne et influence tout autant la haute couture européenne qu’américaine.
Période contemporaine
Le glamour hollywoodien des années 40 est régulièrement réinterprété : les créateurs actualisent les codes — drapé, satin, cintre marqué — lors de défilés hommage. Sa charge symbolique s’adapte aux enjeux de durabilité (usage de fibres recyclées, production raisonnée) ou d’inclusion, réévaluant la diversité des morphotypes ou des identités genrées. Sa présence dans la pop culture contemporaine reste forte, incarnée par les tapis rouges ou la revivalisation de silhouettes vintage dans les séries et campagnes de mode.
Éléments constitutifs du style
Les pièces emblématiques se déclinent ainsi : robes longues drapées, tailleurs à épaulettes, fourrures (réelles ou synthétiques), capes, chaussures à plateforme, minaudières, décolletés plongeants. La palette, sophistiquée, privilégie le noir, blanc, rouge, or, champagne et les tons pastel pour les scènes de cocktail. Les matières clés sont le satin duchesse, la mousseline, la soie, agrémentés de strass, sequins ou broderies. Les silhouettes sont en X, exagérant hanches et bustes, tandis que les détails signatures passent par les longs gants, les broches, les colliers imposants. Il existe des déclinaisons saisonnières (textiles plus chauds et brodés en hiver) et des adaptations selon l’âge (versions plus sobres pour les femmes mûres) et le genre (costumes trois-pièces et smokings pour hommes glamours).
Impact culturel et social
Ce style s’érige en code social pour les femmes aspirant à l’émancipation, la reconnaissance ou la réussite. Il véhicule des messages d’empowerment, de puissance féminine, sœur de la pin-up attitude et du star-system. Il dialogue avec les courants artistiques — photographie glamour, comédies musicales, jazz, swing — et contribue à la redéfinition des rôles genrés (mouvements de cross-dressing, stéréotypes magnifiés ou questionnés). Son impact économique sur l’industrie textile est immense : démocratisation du prêt-à-porter, diffusion planétaire via le cinéma, développement des magazines féminins.
Héritage et influence
Le glamour hollywoodien des années 40 demeure une référence structurante dans la mode actuelle. Ses codes irriguent la haute couture, le prêt-à-porter, ou la pop culture telle que la série « Mad Men » ou les hommages visuels de Vogue. Il inspire les costumes de scène, les looks de tapis rouge, et a contribué à faire de la « star » une catégorie sociale et culturelle. Sa force symbolique réside dans sa capacité de réinvention : chaque époque y puise pour exprimer puissance, sensualité et élégance intemporelle.