PRADA
Le groupe Prada, aujourd’hui reconnu comme l’un des piliers mondiaux du luxe, puise ses origines à Milan en Italie. En 1913, Mario Prada, accompagné de son frère Martino, inaugure la première boutique sous le nom « Fratelli Prada » dans la prestigieuse Galleria Vittorio Emanuele II. À ses débuts, la maison propose des articles en cuir de haute qualité — principalement des bagages, mallettes, et accessoires de voyage — et se distingue rapidement par une exceptionnelle exigence de fabrication et une clientèle élitiste, incluant la famille royale italienne.
Contexte historique de la création
Au tournant du XXe siècle, Milan s’affirme comme un centre névralgique de l’artisanat italien et de l’innovation industrielle. À cette époque, l’Europe est marquée par l’essor du voyage et une demande croissante pour des accessoires raffinés et fonctionnels. Prada, en importateur de matériaux d’Angleterre et créateur de nouveautés, incarne cette élégance cosmopolite jusque dans ses vitrines, se positionnant dès l’origine à la frontière entre tradition artisanale et modernité.
Phase de naissance et premiers développements
Longtemps, Mario Prada dirige l’entreprise selon une vision traditionnelle, excluant les femmes de la gestion. Ironie du sort, cette règle s’inverse lorsque son fils manifeste peu d'intérêt pour la société : c’est sa fille Luisa qui assume la direction durant près de vingt ans, avant de passer la main à sa propre fille, Miuccia Prada, en 1978.
Avec l’arrivée de Miuccia, diplômée de science politique et passionnée d’art, Prada entre dans une phase de réinvention profonde. Elle introduit en 1984 un sac à dos en nylon, matériau industriel détourné de la maroquinerie classique, qui deviendra iconique. Ce virage stylistique — simplicité, fonctionnalité, innovation — séduit une nouvelle génération de consommateurs de luxe, amorçant l’internationalisation de la marque. La ligne de prêt-à-porter femme voit le jour en 1988, suivie du prêt-à-porter masculin au début des années 1990, imposant le style « minimalisme chic » qui fera la renommée de Prada.
Transformations et mutations du groupe
L’entrée de Patrizio Bertelli dans la société, compagnon puis mari de Miuccia, donne une impulsion entrepreneuriale déterminante. Sous leur direction, Prada change de dimension et structure une stratégie ambitieuse de groupe de luxe dès les années 1990.
Acquisitions majeures :
1993 : Fondation de Miu Miu, marque plus jeune et innovante.
1999 : Acquisition de Church’s (chausseur anglais).
2001 : Acquisition de Car Shoe (maroquinerie italienne).
2025 : Annonce de l’acquisition de Versace pour environ 1,38 milliard $/1,25 milliard €, générant une recomposition du paysage du luxe italien et propulsant Prada comme grand rival des groupes LVMH ou Kering.
La création du Prada Group en 2003 formalise cette diversification et l’ambition de devenir un conglomérat international du luxe. La stratégie : constituer un portefeuille de maisons complémentaires mais distinctes, chacune gardant sa créativité propre.
Évolutions internes
L’évolution de la gouvernance, notamment avec l’entrée de nouveaux dirigeants (Andrea Guerra en tant que CEO en 2023, puis la montée progressive de Lorenzo Bertelli, fils des fondateurs, dans la structure), accompagne la professionnalisation et l’ouverture du groupe sur le monde.
Croissance internationale et classement mondial
Dès la fin des années 1980, Prada s’internationalise en ouvrant des boutiques à New York, Paris, Londres, Tokyo. Ce maillage mondial s’accentue dans les décennies suivantes, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Amérique latine devenant des axes majeurs de croissance. Aujourd’hui, le groupe développe une présence dans plus de 70 pays, avec près de 650 boutiques en nom propre et un réseau multimarque structuré.
En 2025, après l’annonce de l’acquisition de Versace, la valeur estimée du groupe atteint 15 milliards de dollars. Prada SpA est classé parmi les 10 plus grandes entreprises du luxe au monde, aux côtés de LVMH, Kering ou Hermès, salué pour sa capacité à se réinventer face aux bouleversements du marché du luxe.
Controverses et défis
Comme beaucoup de groupes internationaux, Prada a été confronté à des polémiques majeures. En 2018, la marque a dû faire face à un scandale autour de figurines jugées racistes dans une vitrine à New York. La réponse du groupe a inclus des excuses publiques, la mise en place d’une formation à l’équité raciale pour ses dirigeants, et la création d'un poste de responsable diversité et inclusion permanent pour le marché américain. Prada a aussi dû répondre aux critiques sur l’appropriation culturelle, récemment avec le « sandal scandal » où la marque a reconnu ses inspirations indiennes.
Sur le plan environnemental, Prada accentue ses engagements : développement du nylon régénéré « Econyl », initiatives RSE, et contrôle accru de la filière d’approvisionnement italienne pour garantir éthique et durabilité.
Anecdotes, innovations et moments-clés
Prada se distingue par sa capacité à établir un dialogue constant entre mode, art, architecture et société. Les collaborations avec des architectes comme Rem Koolhaas (création de la « Prada Transformer » à Séoul, rénovation de boutiques) ou le lancement de la Fondazione Prada à Milan illustrent cette volonté de repousser les frontières du luxe traditionnel.
Parmi les innovations produit, outre le nylon iconique, Prada s’est imposé :
Avec des campagnes publicitaires audacieuses et conceptuelles ;
En lançant des collaborations avec des artistes, designers et même des marques technologiques ;
En s’engageant dans la formation artisanale locale (Prada Academy) pour préserver le savoir-faire italien et assurer la transition intergénérationnelle de ses ateliers.
En 2020, l’association de Miuccia Prada au créateur belge Raf Simons comme co-directeur artistique marque une nouvelle ère innovante qui attire une clientèle plus jeune et diversifiée.
Situation actuelle et perspectives
En 2024, le chiffre d’affaires net du Prada Group s’élève à 5,43 milliards d’euros, en hausse de 15% sur un an ; le bénéfice net atteint 839 millions d’euros, et le groupe emploie environ 13 000 personnes dans le monde.
La dynamique de Miu Miu, en particulier, contribue fortement à la croissance, sa popularité auprès de la génération Z étant saluée par la presse économique. La récente acquisition de Versace renforce la stratégie de diversification, tout comme l’investissement dans la qualité Made in Italy et la transition digitale, deux axes clés face aux nouveaux défis du luxe mondial.
Pour l’avenir, le groupe devra continuer de jongler entre héritage, innovation et responsabilité sociale. L’accent mis sur la durabilité, la digitalisation des expériences de vente, la conquête des marchés émergents (notamment en Asie et au Moyen-Orient) et la gestion d’un portefeuille de marques distinctives, sont au cœur des enjeux à venir. L’objectif affiché : dépasser la croissance sectorielle, tout en incarnant un luxe responsable et fédérateur pour les prochaines générations.