HARRODS
L’histoire de Harrods débute en 1834, lorsque Charles Henry Harrod, épicier et marchand de thé issu de Essex, ouvre une petite boutique à l’Est de Londres. Après une première expérience dans la vente de textiles, Harrod se spécialise dans l’alimentation et aperçoit rapidement le potentiel d’une clientèle plus huppée. En 1849, profitant de la préparation de la Grande Exposition prévue à Hyde Park non loin de Knightsbridge, il transfère son commerce dans ce quartier alors en plein essor, lançant les premières pierres de ce qui deviendra un symbole du luxe londonien. Très vite, Harrods prospère en diversifiant son offre tout en imposant une exigence élevée sur la qualité et le service.
Expansion et Évolutions Architecturales : Une Offre Sans Limites
Transmis à son fils Charles Digby Harrod dans les années 1860, le magasin devient un modèle du « one-stop shop » victorien, proposant tout, des parfums exotiques aux denrées alimentaires rares. Malgré un incendie dévastateur en décembre 1883, Harrods ne faillit pas à sa réputation : toutes les commandes de Noël furent honorées, et un magasin encore plus grand et somptueux rouvrit en 1884. Dès la fin du XIXe siècle, Harrods avait assimilé la quasi-totalité de son îlot actuel et installait, en 1898, le tout premier escalator d’Angleterre. Ce sens de l’innovation et du spectaculaire s’accompagne d’une architecture grandiose, avec façades en faïence, coupole baroque et vitrines art nouveau, qui confèrent à Harrods une aura de palais du commerce.
En 1889, Harrods devient société anonyme et continue sa diversification en créant notamment sa propre banque, agence immobilière et un département animé par la vente d’animaux exotiques – une activité qui durera jusqu’aux années 1970.
Années Modernes, Succès Commerciaux et Évolutions du Public
Au fil du XXe siècle, Harrods s’impose comme l’emblème du shopping de luxe. La devise latine « Omnia omnibus ubique » – tout, pour tout le monde, partout – incarne l’ambition d’offrir une expérience exhaustive à une clientèle internationale exigeante. Le magasin attire chaque année plus de 15 millions de visiteurs, dont une majorité sont des touristes fortunés venus du monde entier. Le public cible reste celui des amateurs de luxe, des célébrités, créateurs, chefs d’État et familles royales, mais aussi, de plus en plus, une clientèle locale de haut standing, grâce à son offre omnicanale et à une stratégie d’adaptation aux mutations du retail post-pandémie.
La réussite financière de Harrods repose sur un savant équilibre entre tradition, innovation et diversification de l’offre. La maison a su capitaliser sur la croissance de l’e-commerce, l’ouverture d’espaces ultra-premium et la multiplication d’évènements exclusifs, notamment pour ses membres reward card, renforçant ainsi la fidélisation. Après des années marquées par le Brexit et la pandémie, Harrods affiche un rebond remarquable de son chiffre d’affaires, dépassant parfois les 2 milliards de livres par an.
Direction Artistique et Identité de Marque
Harrods n’a jamais été dirigé par un directeur artistique dans le sens des maisons de mode, mais plutôt par des dirigeants soucieux de préserver une identité visuelle forte. Le logo, sobre et reconnaissable, son architecture intérieure pharaonique (notamment l’Egyptian Hall inaugurée en 1998) et son sens du détail sont constamment réinterprétés pour rester dans l’air du temps, sans trahir le patrimoine.
Engagements, Stratégie Marketing et Collaborations
La marque est pionnière d’une expérience client immersive, misant très tôt sur la personnalisation, la diversité et l’innovation : chasses au trésor, pop-up, services sur-mesure (personal shopper, ateliers gastronomiques, salons de parfums avec experts dédiés, etc.), sans oublier une stratégie marketing ciblée grâce à la segmentation de sa clientèle via le Rewards programme et un storytelling fort sur tous les supports digitaux.
Les collaborations artistiques et commerciales sont au cœur de la stratégie de Harrods : partenariats avec de grands noms du luxe (Gucci, Chanel, Stella McCartney, Tiffany & Co., etc.), mais aussi des initiatives en faveur de jeunes créateurs, à l’instar du renouvellement du partenariat avec Fashion Trust Arabia en 2025. Ce type de collaboration donne un rayonnement international à de nouveaux talents, tout en positionnant Harrods comme acteur engagé dans le soutien à la jeune création et l’inclusion de designers issus du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Les retombées médiatiques et commerciales de ces collaborations sont notables : visibilité mondiale pour les créateurs, augmentation de la fréquentation en boutique et enrichissement de la réputation de Harrods en tant que tremplin pour la créativité.
Controverses et Gestion de Crises
Comme toute institution historique, Harrods a traversé des périodes de controverses. Le magasin a été la cible d’attentats à la bombe (notamment par l’IRA en 1983 et 1993), ayant entraîné des pertes humaines et un renforcement drastique de la sécurité. Une controverse plus contemporaine concerne la vente de fourrure, Harrods restant le seul grand magasin londonien à maintenir cette pratique malgré d’intenses pressions de la société civile.
Enfin, l’épisode marquant de l’ère Mohamed Al Fayed (propriétaire de 1985 à 2010) s’est soldé rétrospectivement par des allégations massives d’abus sexuels relayées par la presse en 2024, touchant l’image de l’enseigne. La direction actuelle a réagi avec transparence, entamant des démarches de compensation, en menant des audits internes et en réaffirmant son engagement en faveur de l’éthique et du respect de ses collaborateurs.
Les Éléments Iconiques de Harrods
Parmi les éléments iconiques qui forgent l’ADN de Harrods figurent son immense Food Hall, ses célèbres oursons en peluche, les mythiques hampers (paniers gourmands), ses vitrines saisonnières spectaculaires et ses salles à l’architecture inoubliable, notamment l’escalator égyptien. Le magasin se distingue aussi par des anecdotes insolites, tel l’usage d’un cobra pour garder une paire de sandales joaillières, et par sa capacité à faire de chaque expérience d’achat un souvenir d’exception.
Conclusion
Harrods s’affirme comme bien plus qu’un grand magasin : c’est une institution sociale, un creuset de l’excellence britannique et une fabrique de rêves où se conjuguent patrimoine, innovation, engagement et rayonnement international. Ce récit unique continue de fasciner les amateurs de mode, de luxe et d’innovation.