KERING

Le groupe Kering, aujourd’hui l’un des acteurs majeurs et les plus influents du luxe mondial, s’est forgé une histoire singulière, mêlant transformation industrielle, réussite entrepreneuriale et audace créative. Derrière ce nom réside une aventure commencée par une simple société de négoce de bois, devenue un empire global intégré, toujours détenu majoritairement par la famille Pinault. Le siège du groupe est situé à Paris, dans l’ancien hôpital Laennec, symbole du dialogue entre patrimoine, innovation et excellence créative.

Origines et contexte de création : les racines bretonnes et l’esprit d’entreprise

Tout commence en 1962 à Rennes, en Bretagne, lorsque François Pinault lance les Établissements Pinault, une société spécialisée dans le négoce de bois. C’est l’époque de la reconstruction d’après-guerre, où l’industrie française est en pleine mutation : l’économie s’ouvre, la distribution spécialisée émerge et la société entame sa modernisation accélérée. Pinault SA entre en bourse en 1988, symbole de la première vague de croissance et de diversification. Progressivement, le groupe se tourne vers la distribution grand public, en acquérant des enseignes majeures comme Conforama ou La Redoute, reflet d’une époque qui voit la société de consommation prendre tout son essor.

Phase de naissance et premiers développements : de la distribution au luxe

Durant les années 1990, sous l’impulsion de François Pinault puis de son fils François-Henri Pinault, le groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR) prend une nouvelle orientation stratégique en se positionnant sur le secteur du luxe. En 1999, le rachat de Gucci marque le début d’une décennie de métamorphose. S’ensuivent les acquisitions de maisons emblématiques du luxe, notamment Yves Saint Laurent, Boucheron, Balenciaga, Bottega Veneta ou encore Alexander McQueen, qui fondent l’identité hautement créative du groupe.

Les motivations économiques sont claires : s’inscrire dans le mouvement mondial d’ascension du luxe, porté par la montée en puissance des marchés émergents et la valorisation croissante du patrimoine des maisons historiques. Ce virage est accompagné d’une ambition forte d’innovation créative et d’excellence, en donnant carte blanche à des directeurs artistiques visionnaires.

Périodes de transformation et mutation

Plusieurs phases clés structurent l’évolution de Kering :

  • En 2013, le groupe franchit une étape décisive en abandonnant toute activité de grande distribution pour ne se consacrer qu’au luxe ; il se rebaptise alors « Kering » pour signifier cette nouvelle identité.

  • Les acquisitions se poursuivent : Brioni (2011), Pomellato et Qeelin (2012), Ginori 1735 (2013), Lindberg (2021), Maui Jim (2022), Creed (2023), et l’entrée au capital de Valentino (2023), étoffant le portefeuille de Kering qui couvre maroquinerie, couture, joaillerie, lunettes et beauté.

  • Au début 2025, Kering conclut la cession de The Mall Luxury Outlets pour se recentrer sur ses actifs stratégiques et son image de marque exclusive.

  • Sur le plan managérial, François-Henri Pinault succède à son père en 2005, instaurant une nouvelle gouvernance axée sur la durabilité, la responsabilité sociétale et l’audace créative.

Les fusions, acquisitions et cessions ont constamment redessiné la structure du groupe :

  • 1999 : prise de contrôle de Gucci ; intégration d’Yves Saint Laurent, Boucheron, Bottega Veneta.

  • 2001-2013 : intégration de maisons majeures de la mode et de la joaillerie (Balenciaga, Alexander McQueen, Brioni, Pomellato, Qeelin).

  • 2021-2023 : diversification dans la lunetterie (Lindberg, Maui Jim) et la parfumerie (Creed).

  • 2025 : cession de The Mall Luxury Outlets à Simon, recentrage sur un luxe d’exception.

Chaque mouvement sert la stratégie de positionner Kering comme un accélérateur de créativité et d’innovation, et de renforcer son image de « pure player » du luxe.

Croissance et positionnement mondial

C’est au tournant des années 2000 que Kering, désormais exclusivement luxe, s’impose comme un acteur international majeur. En 2024, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 17,2 milliards d’euros avec près de 47 000 employés et 1 813 magasins en propre à travers le monde, se plaçant juste derrière LVMH comme deuxième plus grand groupe mondial du luxe en valeur de marché.

L’internationalisation se traduit par :

  • Une expansion rapide sur les marchés asiatiques et américains, avec une croissance portée notamment par Gucci, Saint Laurent et Balenciaga.

  • Une stratégie de synergies internes entre maisons, tout en leur laissant une autonomie créative et de gestion.

Kering figure dans le CAC 40 et sur le Dow Jones Sustainability Index, symbole de sa reconnaissance globale.

Controverses et défis

Kering a également fait face à plusieurs controverses majeures :

  • Une amende record de 1,25 milliard d’euros pour évasion fiscale en Italie concernant la marque Gucci (2011-2017). Malgré l’accord, Kering a constamment affirmé sa volonté de conformité fiscale.

  • Des rémunérations polémiques via des filiales offshore, révélées par des enquêtes de presse en 2019 et 2023.

  • Des controverses autour de campagnes de communication, comme chez Balenciaga, qui ont obligé la marque à présenter publiquement ses excuses et à revoir sa gouvernance artistique.

Le groupe a réagi par une politique de transparence accrue et un engagement renouvelé envers la responsabilité sociale et environnementale.

Anecdotes, innovations et moments-clés marquants

Parmi les moments emblématiques figurent :

  • L’intégration de créateurs iconiques comme Tom Ford chez Gucci ou Demna Gvasalia chez Balenciaga, donnant une identité singulière à chaque maison.

  • L’innovation dans l’éco-design et la durabilité, Kering étant l’un des leaders mondiaux du luxe durable, publiant des guides de bonnes pratiques et lançant le « Kering Generation Award » pour une joaillerie écoresponsable.

  • Le repositionnement de Gucci au début des années 2000, qui a sauvé la marque de l’oubli et l’a propulsée en tête du luxe mondial.

  • Le siège du groupe, installé dans l’ancien hôpital Laennec, incarne la rencontre entre histoire, création et modernité.

Conclusion : situation actuelle et perspectives

Aujourd’hui, Kering demeure le numéro deux du luxe mondial derrière LVMH, avec un portefeuille de marques d’excellence. Au premier trimestre 2025, son chiffre d’affaires s’élève à 3,9 milliards d’euros, malgré une baisse conjoncturelle due à la pression sur les marchés chinois et à la volatilité internationale. Le groupe fait face à des défis de relance sur Gucci (qui représente 40% de ses revenus), à la recherche de nouveaux moteurs de croissance, et à la nécessité d’accélérer sur l’innovation digitale et la soutenabilité environnementale.

Le principal enjeu pour Kering réside dans le maintien de l’attractivité créative de ses maisons, la conquête de nouveaux marchés émergents et le design durable, tout en affichant une gouvernance exemplaire. Son histoire, marquée par des choix stratégiques audacieux et une capacité de renouvellement remarquable, laisse présager une place de choix dans le luxe du XXIe siècle.

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