KIM JONES

Kim Jones, né le 11 septembre 1973 à Hammersmith, dans l'ouest de Londres, grandit dans un environnement cosmopolite grâce aux métiers de ses parents, ce qui l’amène à voyager en Afrique, en Amazonie, aux Caraïbes et au Népal dès sa petite enfance. Cette exposition à des cultures variées nourrit son imaginaire, son goût pour l’observation de la faune et l’introduit à des influences visuelles riches et diversifiées. Rentré adolescent à Londres, il s'initie à l'univers de la mode grâce à sa famille où l’on retrouve un oncle photographe et une tante mannequin. Après une première formation en graphisme et photographie à la Camberwell School of Art, il intègre la prestigieuse Central Saint Martins où il se spécialise dans le menswear et obtient son diplôme de design en 2002.

Une ascension rapide dans la mode internationale

Dès la sortie de l’école, sa collection de fin d’études dynamise la scène : John Galliano lui achète une grande partie de ses créations, sésame pour une notoriété immédiate et le début de nombreuses amitiés marquantes, notamment avec Alexander McQueen et Kate Moss. En 2003, il lance son label éponyme, mêlant déjà streetwear et tailoring. La presse applaudit sa première participation à la Fashion Week de Londres ; il reçoit très vite le prix New Generation Award du British Fashion Council et se distingue par des collaborations avec Hugo Boss, Umbro, Topman et Mulberry.

Son passage chez Dunhill, à partir de 2008, comme directeur créatif, lui permet de révéler sa maîtrise du tailoring anglais et d’étoffer son carnet d’adresses dans le secteur du luxe masculin, tout en collaborant pour des magazines influents comme Dazed & Confused ou i-D Magazine.

Louis Vuitton, Dior et Fendi : les grandes maisons

L’ère Louis Vuitton (2011-2018)

En 2011, il rejoint Louis Vuitton en tant que directeur artistique du prêt-à-porter homme. Il y impose une esthétique visionnaire qui fusionne le streetwear et la couture, et multiplie les collaborations artistiques, dont celle avec Supreme, qui connaît un retentissement planétaire. Sa capacité à amener l’univers skateboard, sportswear et punk londonien dans la maison du luxe traditionnel révolutionne la silhouette masculine et attire de nouveaux publics.

Dior : entre héritage et modernité (2018-2025)

Kim Jones accepte en mars 2018 le poste de directeur artistique chez Dior Homme, succédant à Kris Van Assche. Il revisite les archives féminines de Christian Dior, introduisant des éléments comme la fermeture oblique des costumes et des formes arrondies inspirées de l’après-guerre dans le vestiaire masculin. Il allie modernité, artisanat d’exception et collaborations marquantes avec des artistes contemporains tels que Kaws, Daniel Arsham, Hajime Sorayama ou Raymond Pettibon. Sa direction artistique transforme la maison, triple le chiffre d’affaires de Dior Men et légitime l’irruption du tailoring street dans le luxe masculin. Son départ fin janvier 2025, après la présentation de la collection automne 2025 et la réception de la Légion d’Honneur, clôt une période de croissance inédite pour la marque.

Fendi : la couture féminine à la romaine (2020-2024)

En septembre 2020, Kim Jones succède à Karl Lagerfeld à la direction créative des collections femme de Fendi, chapeautant la haute couture, le prêt-à-porter et la fourrure. Il y démontre une aisance à naviguer entre vestiaire masculin et univers féminin, apportant à la maison italienne une lecture contemporaine, poétique et épurée du luxe romain. Ses quatre années chez Fendi sont ponctuées de collaborations avec des figures telles que Silvia Venturini Fendi ou Donatella Versace, et remarquées pour la modernité de leur proposition. Il quitte la maison en octobre 2024, avant d’annoncer quelques mois plus tard son départ de Dior.

Influence et domaines d’expertise

Kim Jones est unanimement reconnu pour avoir effacé les frontières entre le streetwear et le luxe, anticipant et accompagnant la modernité du vestiaire masculin comme nul autre, tout en sachant intégrer subtilement les éléments historiques des maisons où il officie. Son expertise va de la coupe irréprochable du tailoring anglais à la maîtrise du marketing et de la collaboration artistique, en passant par l’audace de mélanger des influences contre-culturelles à des codes très haute couture. Des capsules comme la « Dior x Nike Air Jordan » ou la collection streetwear Supreme x Louis Vuitton témoignent d’une capacité à créer l’événement et à capter l’air du temps.

Héritage et rayonnement

L’héritage de Kim Jones s’inscrit dans la capacité à réinventer les grandes maisons sans jamais trahir leurs racines, apportant une fraîcheur et une ouverture à de nouveaux marchés, et marquant chacun de ses passages par un bond de notoriété et de croissance commerciale. Sa vision du luxe, associée à une ouverture sur la scène artistique contemporaine et une attention aux archives et à la tradition, a placé la collaboration au cœur du renouvellement de la mode masculine et féminine. Il laisse chez Louis Vuitton, Dior et Fendi une empreinte forte : celle d’une époque où le luxe devient dialogue entre héritage, nouvelles générations et cultures pop.

Succès et difficultés

Trois fois récompensé par le British Fashion Awards du meilleur créateur homme (2006, 2009, 2019), Kim Jones a connu une réussite fulgurante, acclamée par la critique comme par le public. Cependant, plusieurs défis jalonnent sa trajectoire, dont la pression de succéder à des figures mythiques (Karl Lagerfeld chez Fendi, Christian Dior pour Dior), la nécessité de concilier attentes commerciales et innovation créative, ou encore la gestion du rythme effréné et de l’exposition médiatique croissante des maisons de luxe. La constance de la créativité de Jones n’a cependant jamais été prise en défaut, même si certaines collections ont pu être jugées par moments trop froides. Les circonstances de ses départs simultanés de Fendi et Dior, sur fond de rumeurs quant à son avenir, témoignent d’un mouvement de fond dans l’industrie où la créativité doit continuellement se réinventer.

Vie actuelle et perspectives

En 2025, après avoir quitté coup sur coup Fendi, puis Dior, et après avoir reçu la Légion d’Honneur, Kim Jones laisse planer le doute sur ses prochaines aventures dans la mode. Certains commentateurs évoquent Burberry ou Versace comme pistes potentielles, d’autres l’imaginent dans un rôle indépendant ou tourné vers l’art. Cet homme discret et respecté, passionné de sneakers, curieux de toutes les cultures, reste une figure scrutée dont la prochaine étape sera forcément attendue, tant il a su définir l’esthétique du luxe contemporain pour toute une génération.

Kim Jones, en bâtissant une œuvre à la croisée du tailoring et du streetwear, de la mémoire et de l’innovation, a profondément influencé la mode de ce début de XXIe siècle. Son héritage réside autant dans la transformation des styles masculins que dans la façon de penser une mode internationale, hybride et sans frontières.

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