LOUIS VUITTON
Louis Vuitton occupe une place centrale dans l’histoire de la mode en incarnant le passage du luxe artisanal à l’ère du prestige contemporain. Fondée en 1854 à Paris, la maison s’est d’abord illustrée par ses malles innovantes, plates, légères et empilables, qui révolutionnent l’art du voyage à une époque où la mobilité devient symbole de modernité. Rapidement adoptée par l’élite internationale, Louis Vuitton évolue, sous l’impulsion de ses descendants, en développant ses codes emblématiques, tels que le damier et le fameux monogramme LV, afin d’allier distinction, fonctionnalité et protection contre la contrefaçon. Au fil des décennies, la marque traverse les époques, s’imposant comme leader du luxe mondial, notamment grâce à son intégration dans le groupe LVMH, l’introduction du prêt-à-porter sous Marc Jacobs, et la multiplication de collaborations artistiques emblématiques (Stephen Sprouse, Takashi Murakami, Pharrell Williams) qui ancrent Louis Vuitton au cœur de la culture pop et du streetwear contemporain. Par sa capacité à marier tradition artisanale, innovation et influence globale, Louis Vuitton demeure un acteur incontournable et une source d’inspiration majeure dans l’histoire de la mode.
1850-1860 : Fondation et premières innovations
04/1854 : Fondation de la Maison Louis Vuitton à Paris
Louis Vuitton Malletier fonde sa Maison au n°4 Rue Neuve des Capucines à Paris, dans un contexte où les transports modernes se développent rapidement (bateau à vapeur, chemins de fer). À cette époque, les malles traditionnelles ont un sommet arrondi, ce qui rend leur empilage difficile. Louis Vuitton innove avec des malles à fond plat, légères et étanches, fabriquées en toile Trianon grise. La Maison se positionne alors comme un acteur de haute gamme dans la bagagerie de voyage, avec une clientèle aisée. Cette innovation technique révolutionne le marché du voyage, permettant un gain de place et une meilleure protection des effets personnels. Le style sobre mais fonctionnel de ses produits devient une signature, fondant les bases du savoir-faire artisanal de la marque.
1858 : Lancement des malles à fond plat en Trianon canvas
Face à la popularisation du voyage et à l’évolution des modes de déplacement au XIXᵉ siècle, Louis Vuitton anticipe les nouveaux besoins d’une clientèle moderne et exigeante. Il lance alors ses célèbres malles plates, conçues pour être empilables, légères et d’une grande robustesse, rompant avec la tradition des malles aux couvercles bombés. Véritable révolution, ce format pratique séduit rapidement tant les voyageurs aristocratiques que les Classes bourgeoises en pleine expansion, avides de découvertes et de confort. Très vite, la Maison attire une clientèle internationale prestigieuse, marquant ainsi une première étape décisive dans son rayonnement. Cette invention incarne parfaitement la vision initiale de Louis Vuitton : proposer un luxe fonctionnel, alliant performance, innovation et élégance intemporelle.
1860-1880 : Élargissement et protection des designs
1867 : Participation à l’Exposition Universelle de Paris
À l’occasion de cette grande exposition, véritable vitrine des innovations industrielles et artistiques de la France, Louis Vuitton dévoile ses célèbres malles. Plus qu’un simple objet utilitaire, elles incarnent l’ingéniosité technique et l’élégance d’un art de voyager à la française. Cette participation confère à la Maison une visibilité sans précédent et lui permet de rayonner bien au-delà des frontières nationales. Symbole de modernité et d’excellence artisanale, Louis Vuitton devient ainsi l’un des plus illustres ambassadeurs du savoir-faire français dans le domaine du luxe. Face à la concurrence des autres artisans européens présents, la Maison ne se contente pas d’exister : elle s’affirme, rivalise et confirme son statut d’acteur incontournable, inscrivant son nom dans la grande tradition du prestige et du raffinement.
1876 : Changement de design pour lutter contre la contrefaçon
Le succès retentissant des malles Louis Vuitton, synonymes d’innovation et de raffinement, entraîne rapidement l’apparition de nombreuses contrefaçons. Conscient du danger que représente cette prolifération de copies pour l’intégrité de son entreprise, le fondateur décide de se distinguer par un langage visuel immédiatement reconnaissable. C’est ainsi qu’à la fin du XIXᵉ siècle, Louis Vuitton introduit un motif inédit : des rayures verticales alternant le beige et le marron.
Au-delà d’un simple détail esthétique, ce choix s’affirme comme un véritable signe de reconnaissance et d’authenticité. Il confère aux malles une identité graphique forte, capable d’incarner le prestige et l’exclusivité associés à la maison. Ce motif marque la naissance d’une codification visuelle propre à Vuitton, qui ancre la marque dans une logique d’élitisme et de distinction sociale.
Par cette stratégie, Louis Vuitton ne cherche pas seulement à protéger ses créations matérielles, mais aussi à préserver la réputation de sa maison, menacée par la concurrence et l’imitation. La mise en place de cet univers visuel marque une étape déterminante dans la construction de l’image de la marque, jetant les bases d’une tradition d’innovation et de défense de l’excellence qui demeure centrale dans son histoire.
1885 : Première boutique internationale à Londres, Oxford Street
Dans un contexte de globalisation des échanges et de dynamisation des marchés de luxe, la Maison franchit une étape décisive en inaugurant sa première adresse hors de France, au cœur de Londres. Cette implantation, choisie pour son rôle de carrefour culturel et économique, marque le début d’une stratégie résolument tournée vers l’international. Forte de ce succès, la Maison poursuit son développement en s’implantant aux États-Unis, répondant ainsi aux attentes d’une clientèle en quête d’élégance française et attentive aux grandes tendances mondiales. Cette expansion méticuleusement orchestrée s’inscrit dans la volonté d’affirmer la Maison comme acteur incontournable des capitales cosmopolites et de consolider son rayonnement sur la scène commerciale internationale.
1880-1900 : Renforcement de l’identité visuelle et héritage familial
1888 : Création du motif Damier et dépôt de la marque
Afin de lutter contre la contrefaçon, qui touchait déjà le secteur de la maroquinerie de luxe à la fin du XIXᵉ siècle, Louis Vuitton innove en créant un motif distinctif : un damier beige et marron. Ce motif est accompagné de l’inscription « Marque L. Vuitton déposée », soulignant de manière explicite la volonté d’affirmer la légitimité et la protection juridique de la maison. Cette initiative pionnière illustre l’importance que la marque accorde très tôt à la notion de propriété intellectuelle, un enjeu majeur pour les industries créatives. Bien au-delà d’un simple geste juridique, ce choix participe aussi à la construction d’une identité visuelle forte, reconnaissable et exclusive, qui deviendra l’un des fondements du langage esthétique de Louis Vuitton.
27/02/1892 : Décès de Louis Vuitton, reprise par son fils Georges Vuitton
Après la disparition du fondateur, c’est son fils Georges qui reprend les rênes de l’entreprise. Il hérite alors d’une société solidement implantée, mais confrontée à de nouveaux défis liés à l’évolution du monde moderne. Dans un contexte marqué par l’essor économique de l’après-guerre et par l’intensification des voyages internationaux, Georges saisit rapidement l’importance de faire rayonner la maison au‑delà des frontières.
Sous sa direction, la marque connaît une profonde transformation. Il engage un processus d’internationalisation ambitieux, développant des points de vente à l’étranger et élargissant le réseau de distribution afin de séduire une clientèle cosmopolite en quête de produits d’exception. Parallèlement, il modernise les collections en s’adaptant aux nouveaux usages du voyage et au raffinement attendu par une génération émergente d’élites mondiales.
Soucieux de préserver l’authenticité et le prestige du nom familial, Georges met également en place des systèmes novateurs de protection contre la contrefaçon, une initiative pionnière à une époque où les copies commencent à menacer l’industrie du luxe. Grâce à cette vision stratégique alliant tradition et innovation, il parvient à assurer à la maison une croissance solide et à l’imposer comme une référence incontournable sur la scène internationale.
1896 : Création du Monogram Canvas
À la fin du XIXe siècle, Georges Vuitton poursuit l’œuvre novatrice initiée par son père en dotant la maison d’un symbole fort et immédiatement identifiable : le monogramme « LV ». Il imagine un motif inédit, associant les initiales entrelacées à des fleurs stylisées et des formes géométriques, dont l’esthétique puise directement dans le japonisme, un courant artistique majeur alors en vogue en Europe. Cette référence à l’art japonais, qui fascine peintres et décorateurs de l’époque, confère au design une modernité audacieuse et une élégance raffinée.
Bien plus qu’un simple ornement, ce monogramme devient un véritable outil stratégique. Il incarne le prestige et l’identité de la maison, tout en offrant une reconnaissance immédiate à l’international. En inscrivant ainsi un langage visuel unique et difficilement reproductible, Georges Vuitton oppose également une réponse à la montée de la contrefaçon, protégeant la valeur symbolique et commerciale de la marque.
Rapidement adopté par la clientèle, le monogramme « LV » dépasse la fonction décorative pour devenir l’emblème universel du luxe : une signature intemporelle qui unit l’héritage, l’innovation et l’aura mondiale de Louis Vuitton.
1900-1930 : Expansion mondiale et diversification des produits
1913 : Ouverture du bâtiment Louis Vuitton sur les Champs-Élysées
La Maison inaugure alors son plus vaste magasin parisien sur la prestigieuse avenue, véritable cœur battant du luxe et de l’élégance. Plus qu’une simple ouverture, c’est un symbole fort qui s’impose dans le Paris mondain de l’entre-deux-guerres, une époque où la capitale rayonne comme centre névralgique du raffinement et de l’innovation stylistique. Cette implantation marque une étape décisive dans la montée en puissance commerciale de la marque, affirmant non seulement son rôle d’acteur incontournable du secteur, mais aussi son enracinement durable dans le paysage luxueux parisien. Par l’ampleur de son offre et le prestige de son adresse, la nouvelle boutique séduit une clientèle internationale exigeante, avide d’exclusivité et de distinction, consacrant ainsi la Maison comme un véritable temple du goût et du savoir-faire français.
1925 : Création du sac Alma pour Coco Chanel (commande privée)
Sous l’impulsion de la nouvelle femme active des années 1920, émancipée et désireuse d’allier élégance et praticité, Gabrielle Chanel fait appel au savoir-faire de Louis Vuitton. Elle commande un sac rigide, raffiné mais fonctionnel, pensé pour accompagner le rythme de vie moderne de ses contemporaines. Ce modèle marque un tournant majeur : pour la première fois, la maison Vuitton s’aventure au-delà de son univers traditionnel des malles et bagages de voyage afin d’explorer un territoire inédit, celui de la maroquinerie féminine. Cette collaboration inaugure ainsi une nouvelle ère, répondant aux aspirations d’une clientèle sophistiquée qui cherche, dans ses accessoires, autant de confort que de distinction.
1930 : Introduction des sacs Keepall et Speedy
Ces sacs incarnent à la fois la modernisation du voyage et l’évolution de la mode au XXe siècle. Conçu comme un grand sac souple, le Keepall correspond parfaitement à l’essor des déplacements rapides et des séjours de courte durée, permettant de voyager avec élégance et praticité. À ses côtés, le Speedy transpose ce même esprit dans un format réduit, devenant non seulement un accessoire du quotidien mais aussi un véritable sac à main iconique, adapté au rythme effervescent de la vie urbaine.
Avec ces créations, Louis Vuitton ne se limite plus à l’univers du bagage de voyage traditionnel : la maison élargit son horizon vers une maroquinerie de luxe qui accompagne aussi bien les voyages que la vie quotidienne. Rapidement adoptés par des générations de femmes et d’hommes, le Keepall et le Speedy s’imposent comme des symboles d’élégance intemporelle, incarnant l’alliance parfaite entre fonctionnalité et raffinement.1930-1960 : Héritage, continuité et évolution des matériaux
1936 : Gaston-Louis Vuitton prend la direction de la Maison
À la mort de Georges Vuitton, son fils Gaston-Louis reprend les rênes de la Maison dans un contexte marqué par de fortes tensions internationales. Visionnaire et attentif aux évolutions sociétales, il comprend que les modes de vie changent et que les voyageurs modernes attendent davantage de praticité sans renoncer à l’élégance. Sous son impulsion, la Maison élargit son offre de maroquinerie, en introduisant des modèles plus fonctionnels et des cuirs assouplis qui répondent mieux aux usages quotidiens. Gaston-Louis parvient ainsi à concilier l’héritage esthétique de Louis Vuitton avec une recherche constante d’adaptation et d’innovation, inscrivant la Maison dans une évolution naturelle où tradition et modernité cohabitent harmonieusement.
1960-1980 : Affirmation internationale et premières innovations techniques
1965 : Introduction du Speedy 25 à la demande d’Audrey Hepburn
À la demande d’Audrey Hepburn, incarnation intemporelle de l’élégance féminine, Louis Vuitton imagine une version plus compacte de son sac Speedy. Ce modèle, pensé pour s’accorder à la silhouette menue et raffinée de l’actrice, devient rapidement une pièce emblématique de la maison. Porté par l’aura de cette icône hollywoodienne, le Speedy s’inscrit durablement dans la culture populaire : il lie l’univers Vuitton à des personnalités influentes, tout en renforçant l’image moderne et désirable de la marque auprès d’une clientèle en quête de sophistication et de style.
Développement des gammes en cuir et tissus résistants
Louis Vuitton s’illustre non seulement par son héritage artisanal, mais également par sa capacité à innover dans le domaine des matières. Parmi ses créations emblématiques, le cuir Epi, lancé dans les années 1980, se distingue par sa texture nervurée, sa résistance exceptionnelle et sa palette de couleurs audacieuses. À cela s’ajoute le cuir Vernis, introduit dans les années 1990, qui propose une finition laquée brillante associant modernité et sophistication. Ces deux cuirs techniques incarnent parfaitement l’équilibre recherché par la maison : allier durabilité et exigence du luxe, tout en anticipant les évolutions esthétiques et fonctionnelles du marché. En développant de tels matériaux, Louis Vuitton consolide son image de pionnier du design, fidèle à une tradition d’excellence mais toujours tourné vers l’avant-garde.
1980-2000 : Création de LVMH, collaborations artistiques, premières lignes mode
1987 : Fusion Louis Vuitton, Moët et Hennessy, création du groupe LVMH
En 1987, Louis Vuitton s’associe avec les maisons de champagne Moët & Chandon et de cognac Hennessy, donnant naissance au groupe LVMH (Moët Hennessy – Louis Vuitton), qui deviendra le plus puissant conglomérat de luxe au monde. Cette fusion visionnaire ne se limite pas à une simple alliance commerciale : elle reflète une stratégie de consolidation destinée à réunir sous une même bannière des savoir-faire complémentaires – l’art de vivre à la française à travers les vins et spiritueux, et l’excellence de la mode et de la maroquinerie.
Ce rapprochement permet non seulement de diversifier l’offre et de sécuriser les revenus grâce à différents secteurs du luxe, mais aussi d’accroître le poids économique et symbolique du groupe sur la scène internationale. LVMH s’impose alors comme un acteur incontournable, capable de conjuguer tradition, innovation et puissance marketing pour conquérir de nouveaux marchés.
Au sein de cet empire, Louis Vuitton devient le fleuron du pôle mode et maroquinerie, incarnant à la fois l’héritage artisanal de la maison et l’avant-garde créative qui contribuera à l’essor mondial du groupe. Symbole de désirabilité et d’excellence, la marque se positionne comme locomotive et vitrine du géant du luxe.
1997 : Nomination de Marc Jacobs Directeur Artistique
Lorsque Marc Jacobs rejoint Louis Vuitton en 1997 en tant que directeur artistique, il introduit pour la première fois une ligne de prêt-à-porter dans une maison jusque-là principalement associée à la maroquinerie et à l’art du voyage. Cette nouvelle orientation ouvre un champ inédit à la créativité de la marque. Jacobs conçoit des collections audacieuses où se croisent tradition et modernité : les codes patrimoniaux de la maison – le monogramme, la malle, le cuir – sont revisités à travers des silhouettes contemporaines, des matières inattendues et des mises en scène spectaculaires.
Sous son impulsion, Louis Vuitton devient également un laboratoire d’expérimentation culturelle. Marc Jacobs initie des collaborations avec des artistes tels que Stephen Sprouse, Takashi Murakami ou encore Richard Prince, brouillant les frontières entre art, mode et culture populaire. Ces associations ne se limitent pas à l’ornementation des produits ; elles transforment la perception du luxe en le rendant plus accessible, plus contemporain et profondément ancré dans l’air du temps.
Ce tournant stratégique contribue à métamorphoser Louis Vuitton en une maison de mode globale, conjuguant héritage et innovation, artisanat d’excellence et expression artistique. L’ère Marc Jacobs ne se contente pas d’ajouter des vêtements aux collections : elle redéfinit l’identité de Louis Vuitton, la propulsant d’une icône du voyage à une référence incontournable de la création stylistique internationale.
2000-2025 : Collaborations iconiques et affirmation contemporaine
01/2001 : Collaboration avec Stephen Sprouse – Collection Graffiti
Louis Vuitton marque un tournant décisif dans l’histoire du luxe lorsqu’il choisit d’introduire le street art dans son univers, en s’associant avec l’artiste américain Stephen Sprouse. Ce dernier, figure emblématique de la scène new-yorkaise des années 1980 et proche d’Andy Warhol, revisite le célèbre Monogram de la maison à travers des motifs graffiti aux couleurs vives et aux traits expressifs. Ce geste artistique crée un véritable choc esthétique : l’élégance bourgeoise des toiles emblématiques de Vuitton se trouve soudain bousculée par l’énergie brute et subversive de l’art urbain.
Par cette collaboration audacieuse, Vuitton réussit à rapprocher le luxe des cultures populaires et urbaines, brouillant volontairement les frontières entre des univers jugés longtemps inconciliables. La maison ne s’adresse plus uniquement à une clientèle traditionnelle, mais capte désormais l’attention d’une génération plus jeune, sensible aux codes de la rue, à l’esprit rebelle et à l’expérimentation artistique. Cette hybridation dynamise profondément l’image de Louis Vuitton, qui apparaît comme une maison capable d’innover sans renier son héritage.
Le lancement de la collection suscite un écho considérable : un engouement commercial immédiat, mais aussi des réactions contrastées. Tandis que certains admirent le génie de l’alliance entre héritage et modernité, d’autres soulignent un risque de banalisation du sacré luxueux, voire d’appropriation artistique de la part d’une maison historique s’emparant du langage de la rue. Ces débats renforcent cependant l’impact culturel de l’événement, ancrant la collaboration dans l’histoire du luxe comme un moment fondateur de la mode du XXIᵉ siècle.
En transformant une provocation visuelle en stratégie gagnante, Louis Vuitton et Stephen Sprouse ouvrent la voie à une nouvelle ère de collaborations entre maisons de luxe et artistes contemporains, où l’innovation s’écrit précisément dans le dialogue entre tradition et transgression.
2003 : Collaboration avec Takashi Murakami – Monogram Multicolore et Cherry Blossom
L’artiste japonais Takashi Murakami insuffle à la Maison un vent de fraîcheur et une dimension résolument contemporaine en revisitant le célèbre Monogram. Par son univers foisonnant, où se croisent explosion de couleurs, motifs ludiques et références à la culture pop japonaise, il transforme l’iconique toile LV en un terrain d’expérimentation artistique inédit. Ses créations, qui font dialoguer l’héritage occidental du luxe avec l'imaginaire kawaii et l’esthétique visuelle japonaise, rencontrent un immense succès auprès du public et marquent profondément l’histoire de la marque.
Cette collaboration illustre la capacité de Louis Vuitton à se réinventer, à tendre des passerelles vers l’international et à intégrer des influences culturelles multiples sans jamais trahir son patrimoine. Elle incarne une étape décisive où tradition et modernité se rencontrent pour donner naissance à des collections devenues emblématiques du début des années 2000.
2013 : Nicolas Ghesquière nommé Directeur Artistique
Lorsque Nicolas Ghesquière succède à Marc Jacobs à la direction artistique de Louis Vuitton, il ouvre une nouvelle page de l’histoire de la maison. Alors que Jacobs avait introduit un dialogue entre le luxe traditionnel et la culture pop mondiale, Ghesquière propose une vision radicalement différente : un luxe projeté vers l’avenir, où l’innovation technologique rencontre l’avant-garde esthétique.
Son approche se traduit par une réinvention des silhouettes iconiques de Vuitton, transformées à travers des lignes architecturales, des tissus techniques et des références au design, à la science-fiction et à l’art contemporain. Les défilés deviennent de véritables laboratoires créatifs, où se mêlent héritage historique et spéculations futuristes.
Sous son impulsion, la maison affirme un positionnement unique au sein du paysage du luxe : celui d’un avant-gardisme maîtrisé, capable de conjuguer l’héritage artisanal de la maroquinerie française avec une exploration stylistique visionnaire. Cette nouvelle ère est reconnue non seulement pour sa créativité audacieuse, mais aussi pour sa capacité à influencer en profondeur l’esthétique de la mode contemporaine.
Louis Vuitton, sous Ghesquière, ne se contente plus de suivre les tendances : il redéfinit la manière dont le luxe peut dialoguer avec la modernité, devenant une référence incontournable de l’innovation dans la haute couture et au-delà.
2018 : Virgil Abloh nommé directeur artistique
Virgil Abloh a été nommé directeur artistique de la ligne masculine de Louis Vuitton en mars 2018, succédant à Kim Jones après six ans à ce poste. Cette nomination a marqué un tournant majeur pour la Maison, notamment parce qu’il est devenu le premier designer afro-américain à diriger une maison majeure du groupe LVMH. Architecte de formation et créateur du label streetwear Off-White, Abloh est reconnu pour son style disruptif mêlant luxe et culture urbaine, un choix stratégique de Louis Vuitton pour moderniser et rajeunir son image.
Abloh a présenté sa première collection pour Louis Vuitton en juin 2018, durant la Fashion Week masculine de Paris. Son approche mêlait le respect du patrimoine stylistique de la marque à une vision résolument contemporaine et décontractée, intégrant des influences streetwear et artistiques qui ont cassé les codes traditionnels du luxe. Cette orientation visait à capter un public plus jeune, notamment la génération des milléniaux, et à insuffler un esprit plus inclusif et artistique à la maison.
Durant sa direction, il a multiplié les collaborations innovantes, notamment avec Takashi Murakami, et poussé la marque à devenir un acteur influent de la culture contemporaine au-delà de la simple mode. Il a aussi fortement œuvré pour la diversité et l’inclusion chez Louis Vuitton, créant des initiatives destinées à promouvoir des talents issus de minorités sous-représentées.
Virgil Abloh est malheureusement décédé en novembre 2021, à l’âge de 41 ans. Sa dernière collection pour Louis Vuitton a été présentée en janvier 2022, célébrant son apport visionnaire, son style audacieux et l’ouverture d’un nouveau chapitre pour la Maison. Son influence a profondément marqué l’identité de Louis Vuitton, modernisant une marque centenaire avec un souffle jeune, urbain et innovant.
2023 : Pharell williams nommé directeur artistique
Pharrell Williams a été nommé Directeur Artistique de la mode masculine chez Louis Vuitton en février 2023, succédant à Virgil Abloh. Cette nomination marque une étape importante pour la maison, qui confie pour la première fois ce rôle prestigieux à un musicien et créateur issu d’un parcours non traditionnel dans la mode. Pharrell, reconnu mondialement pour ses 13 Grammy Awards et son influence culturelle dans la musique, la mode et l’art, apporte une vision créative novatrice et multi-disciplinaire.
Il entame cette nouvelle mission avec l’objectif affirmé de porter Louis Vuitton vers une ère de créativité innovante, en abordant des thèmes contemporains et en apportant sa perspective unique, mêlant modes, art et culture. Sa première collection en tant que directeur artistique a été présentée lors de la Fashion Week masculine de Paris en juin 2023, suscitant beaucoup d’attention.
Pharrell Williams collabore notamment avec le designer japonais Nigo, ami de longue date, pour la collection Automne-Hiver 2025, symbolisant un échange créatif fort autour des thèmes d’amitié et d’archives personnelles, avec un ancrage dans la culture urbaine et streetwear. Son style personnel, qui mêle influences skate, hip-hop, et haute couture, apporte un souffle nouveau à la Maison, amplifiant son aura auprès des jeunes générations et des cultures urbaines.
Cette nomination s’inscrit dans la continuité des efforts de Louis Vuitton pour se positionner comme une "Cultural Maison", intégrant les artistes et créateurs les plus influents et diversifiés, afin de réinventer le luxe contemporain. Pharrell incarne cette ouverture et ce brassage des univers entre mode, musique et art, renforçant ainsi l’image avant-gardiste et globale de Louis Vuitton.
2025 : création de ligne de beauté de Louis vuitton
La ligne de beauté Louis Vuitton, appelée "La Beauté Louis Vuitton," est le tout premier lancement de cosmétiques par la maison de luxe, officiellement dévoilée en 2025. Elle comprend une offre de maquillage haut de gamme supervisée par Pat McGrath, une des maquilleuses les plus influentes et créatives du monde, nommée directrice de création maquillage de la marque.
Cette collection reflète l'héritage et la créativité de Louis Vuitton, offrant des produits comme :
55 teintes de rouges à lèvres présentées dans des écrins rechargeables, conçus par le designer industriel Konstantin Grcic,
10 baumes à lèvres,
8 palettes d'ombres à paupières,
ainsi que des accessoires comme pinceaux et petite maroquinerie pensée pour la beauté.
Les formules sont très travaillées, avec une qualité sensorielle haut de gamme, incluant du beurre de karité et de l'acide hyaluronique pour une hydratation prolongée (tenue de 12 heures), et des parfums subtils développés avec le parfumeur maison Jacques Cavallier Belletrud.
Le packaging s'inscrit dans la tradition du luxe Louis Vuitton, avec du métal recyclé et alliant modernité et codes iconiques comme le monogramme LV. Le positionnement prix est élevé, avec des rouges à lèvres autour de 137-160 euros, et des palettes à plus de 200 euros.
Cette ligne vise à redéfinir la beauté comme un art et un style de vie, proposant une expérience luxueuse et exclusive avec des objets à conserver pour toujours. Ce projet représente pour Louis Vuitton une nouvelle étape stratégique dans le secteur de la beauté, en phase avec la croissance du marché cosmétique de luxe et en continuité avec son savoir-faire reconnu dans la maroquinerie et la mode.
Parmi les teintes phares, le rouge iconique 896 Monogram Rouge rend hommage à l’histoire de la maison, symbole fort de son identité.
Enfin, la campagne de lancement met en avant des figures contemporaines comme l'actrice et mannequin Hoyeon, symbolisant la créativité et l'audace de la ligne.
En résumé, "La Beauté Louis Vuitton" est une ligne de maquillage ultra-luxe, pensée comme un prolongement de l'univers Vuitton avec innovation, qualité, design et héritage, sous la direction artistique de Pat McGrath, proposant rouges à lèvres, palettes, baumes, et accessoires hauts de gamme, lancée progressivement à partir de l'été 2025 dans une sélection de boutiques mondiales et en ligne.