MIUCCIA PRADA

Née Maria Bianchi à Milan le 10 mai 1949, Miuccia Prada grandit dans une famille aisée, héritière d’un double héritage industriel et artistique : son père dirigeait une entreprise de tondeuses de golf et sa mère, Luisa, était l’héritière du petit empire de maroquinerie fondé par Mario Prada en 1913. Très jeune, elle se démarque par son originalité et, plutôt que d’embrasser immédiatement l’univers de la mode, elle s’oriente vers les arts du spectacle et la politique. Et c’est là que commence réellement la légende Prada.

Du mime à la manne : la jeunesse d’une icône en mouvement

Avant de marcher sur le catwalk, Miuccia foule les planches du Teatro Piccolo à Milan, où elle se forme cinq ans durant en tant que mime. Simultanément, parallèlement à ce sens du théâtre, elle obtient un doctorat en sciences politiques à l’Université de Milan et s’engage dans le parti communiste italien ainsi que dans des mouvements féministes. La mode, pour l’instant, n’est qu’un bruit de fond — mais l’art de la subversion et du décalage, lui, est déjà bien présent dans son ADN.

Sacré défi : du sac en nylon à la saga du style

C’est en 1978 que Miuccia prend officiellement la relève du clan Prada, un défi qui démarre bien loin des apparats, avec la gestion de la petite entreprise familiale. Très vite, la créativité l’emporte : en 1985, elle lance un sac à dos en nylon noir alors réservé aux parapluies et aux vêtements utilitaires. Ce choix de matériau, iconoclaste à l’époque, fera fureur et posera les bases de la “révolution silencieuse” de Prada dans l’industrie du luxe. Dès lors, Miuccia enchaîne les innovations : une ligne de prêt-à-porter féminin en 1989, la création de Miu Miu — inspirée par ses propres tenues — en 1992, puis une collection masculine en 1995.

Paradoxe

Miuccia Prada se distingue par une approche hyper-intellectuelle de la mode. Elle aime le paradoxe : composer entre minimalisme chic et excentricité ostentatoire, jouer des codes et des couleurs jugés “moches” pour mieux surprendre. Dans les années 90, alors que la mode est à l’exubérance, elle impose lignes pures, teintes neutres et élégance insouciante — créant une esthétique immédiatement identifiable, maintes fois copiée, jamais égalée. Visionnaire, elle est la première à définir le concept de “ugly chic”, prouvant que l’innovation ne vient pas toujours du clinquant, mais de l’intelligence stylistique appliquée à la réalité du quotidien.

Crash, clash et cash

Le chemin n’a pas été linéaire. Si les années 90 et début 2000 couronnent Prada reine du cool, la montée du fast fashion et la révolution numérique ébranlent le géant. Le groupe souffre de baisses de ventes, de difficultés d’adaptation et de tensions internes, en particulier entre Miuccia et son mari et partenaire commercial, Patrizio Bertelli. La crise atteint son paroxysme lors d’enquêtes pour évasion fiscale, soldées par le versement de centaines de millions d’euros. Mais là où d’autres sombrent, Prada rebondit, se concentrant sur l’innovation durable (notamment les lignes Re-Nylon) et l’ouverture à de nouveaux publics par le digital et la pop culture.

Chic en choc

Miuccia Prada dépasse largement le cadre du prêt-à-porter. Par ses collections, elle interroge la société, les rapports de pouvoir, la féminité mais aussi la consommation elle-même. Son engagement artistique s’incarne dans la Fondation Prada, institution culturelle majeure pour l’art contemporain à Milan. Elle collabore avec des architectes comme Rem Koolhaas et, en 2020, partage la direction artistique de Prada avec Raf Simons, nouvelle étape du dialogue et de la co-création.

Héritage, héritière et horizons nouveaux

Son héritage s’inscrit à la fois dans le patrimoine familial — la maison Prada, désormais multinationale cotée et synonyme de sophistication — et dans la capacité à toujours réinventer l’élégance italienne. Désormais septuagénaire, Miuccia Prada reste active : elle supervise les collections, promeut l’éclectisme, soutient la création via la Fondation Prada et collectionne l’art contemporain. Si elle laisse une plus large part au dialogue créatif (notamment avec Raf Simons), l’empreinte de “la dame de Miu Miu” reste indélébile dans le paysage mondial de la mode — entre audace et réflexion, élégance et contestation.

la vie au présent, l’œil dans le rétro

Miuccia Prada vit toujours à Milan, dans l’appartement où elle est née, aux côtés de son mari et de leurs deux fils. Elle demeure une personnalité discrète, rarement mondaine, préférant la réflexion et la création au tumulte médiatique. Elle inspire une nouvelle génération de créateurs, d’artistes et de femmes, preuve vivante qu’un esprit libre — et un brin frondeur — peut durablement modeler non seulement un style, mais un pan entier de l’histoire culturelle contemporaine.

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