MUGLER
C’est à Paris, dans le tourbillon créatif du quartier de Saint-Germain-des-Prés des années 1970, que Thierry Mugler, jeune strasbourgeois passionné par le costume de scène, pose les premières pierres d’une maison de couture radicalement nouvelle. Arrivé dans la capitale en 1969, alors âgé d’à peine 21 ans, il se forge une expérience entre petits boulots de styliste et immersion dans les nuits bohèmes aux côtés d’autres créateurs avant-gardistes. En 1973, Mugler présente sa première collection, baptisée « Café de Paris », qui affirme déjà sa fascination pour une féminité exacerbée et ses influences cinématographiques, notamment les actrices hitchcockiennes.
Lancement officiel de sa marque dès 1974, Mugler impose un style architectural, audacieux, loin des standards de l’époque. Dès 1978, il ouvre sa première boutique, confiée à la designer Andrée Putman, place des Victoires à Paris, avant de lancer une ligne masculine aux épaules larges et aux coupes nettes qui marquera les années 1980.
Apogée et rayonnement international
L’exubérance des années 1980 porte la griffe Mugler : ses défilés sont de véritables spectacles, ouverts au public, comme celui du dixième anniversaire de la maison au Zénith en 1984. Thierry Mugler développe une mode hybride, flirtant avec le théâtre, la danse, la photographie et la mise en scène, brouillant les frontières entre art et couture. À l’invitation de la Chambre syndicale de la couture, il accède aux défilés haute couture dans les années 1990, insufflant à cette institution une modernité et une créativité remarquée, notamment avec la collection « Piscine du Ritz » en 1992. Cette période signe aussi l’apogée stylistique de la maison.
Mugler et la révolution olfactive
Déterminé à donner à son univers une signature olfactive, Thierry Mugler se rapproche du groupe Clarins et lance en 1992 le parfum Angel. Son innovation : créer le premier parfum « gourmand », aux notes sucrées de praline et de chocolat, logé dans un flacon bleu étoilé, qui marque un tournant mondial dans l’industrie. Angel sera suivi de A*Men, Alien et Womanity, tous porteurs d’un storytelling puissant et d’un marketing différenciant, comme l’« Angel’s Tour » pour partir à la rencontre des consommatrices.
Parallèlement, Mugler s’engage dès le début pour un luxe plus responsable en pionnier du parfum rechargeable avec la Fontaine Mugler, disponible en boutiques depuis 1992, anticipant ainsi les préoccupations écologiques de l’industrie du luxe.
Engagements, clientèle et public cible
Mugler vise une clientèle audacieuse, cosmopolite, à la recherche d’une singularité affirmée, notamment les femmes de 15 à 40 ans dans un premier temps, avant de s’ouvrir plus largement. Sa communication et son marketing misent sur la proximité, la fidélisation, la création de cercles communautaires, à l'instar du « Cercle Mugler », et sur des flagships aux concepts immersifs qui suscitent la curiosité.
La marque place l’expérience sensorielle et l’innovation au centre de son offre, tout en revendiquant ses valeurs de diversité et d’inclusivité, notamment depuis la fin des années 2010. Engagée dans une démarche éco-responsable, elle adopte des packagings recyclables, des formules respectueuses et soutient des causes sociales et humanitaires, ambitionnant de conquérir de nouveaux marchés, notamment en Asie et au Moyen-Orient.
Crises et controverses : repositionnements stratégiques
En dépit de son rayonnement, la maison connaît des épisodes tumultueux. Dès la fin des années 1990, la rentabilité de la ligne couture est remise en question. Lors du rachat majoritaire par Clarins en 1997, puis des difficultés du secteur du luxe après 2001, la griffe connaît une restructuration drastique, qui conduit à la fermeture de l’atelier couture en 2003 et au départ de Thierry Mugler du studio. Toutefois, les parfums Mugler continuent de prospérer et servent d’ambassadeurs puissants de la marque.
Malgré ces moments difficiles, la maison fait le choix de la résilience, recentrant ses activités sur les segments porteurs et misant sur l’innovation produit et marketing, tout en préservant son ADN créatif.
La saga des directeurs artistiques et le renouveau
Depuis le départ de son fondateur, la maison va connaître plusieurs directions artistiques. En 2017, Casey Cadwallader insuffle un renouveau radical à la marque : silhouettes architecturales, inclusivité, ouverture à toutes les morphologies et les genres, collaborations audacieuses. Cette vision permet à Mugler de regagner le devant de la scène mode et d’enregistrer une croissance inédite à partir de 2020. En mars 2025, Miguel Castro Freitas, jeune talent passé par Dior, Saint Laurent et Lanvin, prend la suite, promettant d'honorer l’héritage en y insufflant une vision nouvelle, alors que la marque appartient désormais au groupe L’Oréal.
Collaborations emblématiques et leur impact
Fidèle à son esprit avant-gardiste, Mugler multiplie les collaborations marquantes. Mention particulière à la capsule H&M x Mugler en 2023, qui démocratise les codes esthétiques de la maison auprès d’une clientèle élargie, provoquant un engouement sans précédent et affirmant la capacité de la marque à fédérer une communauté intergénérationnelle. Autre exemple, la collaboration Wolford x Mugler revisite le bodywear iconique de la griffe à travers des créations sensuelles et affirmées, incarnant la créativité et la féminité au cœur du succès de la maison.
Mugler, une légende en perpétuel mouvement
Aujourd’hui, Mugler demeure un symbole incontournable de créativité, d’audace stylistique et d’innovation, tant en mode qu’en parfumerie. Sa force réside dans sa capacité à s’adapter aux évolutions du marché tout en restant fidèle à son identité. Marquée par son héritage, portée par une communauté fidèle et diverse, et propulsée par ses engagements en faveur de la durabilité, la marque continue de fasciner et de se renouveler, toujours prête à écrire de nouveaux chapitres dans l’histoire de la mode et du luxe.