MUMBAI FASHION WEEK

Mumbai Fashion Week, telle qu'elle se déploie aujourd’hui principalement à travers la Lakmé Fashion Week (LFW), occupe une position déterminante, à la fois institutionnelle et culturelle, dans le paysage de la mode indienne et désormais international. Sa chronologie témoigne d’une évolution structurelle et d’un impact grandissant, guidé par une articulation dynamique entre industrie, créativité, politique publique et enjeux globaux.

La fondation de l’événement remonte à l’an 2000, sous l’impulsion conjointe de Lakmé, marque de cosmétique emblématique du groupe Unilever, du géant de l’événementiel IMG Reliance et du Fashion Design Council of India (FDCI). Dès sa première édition, alors baptisée Lakmé India Fashion Week, le rendez-vous met l’accent sur la mode prêt-à-porter en s'inscrivant en rupture avec l’hégémonie du segment bridal/couture dominant le secteur indien. L’éveil du marché intérieur, la nécessité de doter l’Inde d’une vitrine internationale et le besoin d’encadrer l’essor des jeunes créateurs constituent les ressorts principaux de son émergence. Le contexte est celui d’une mondialisation accrue de l’industrie, où la mode indienne aspire à dialoguer d’égal à égal avec les capitales historiques que sont Paris, Milan, New York ou Londres. Les éditions fondatrices, organisées d'abord à Delhi, réunissent dès le départ 33 designers et initient un modèle basé sur le soutien institutionnel, le parrainage industriel et la création d'une plateforme d'échanges pour les professionnels.

Vers 2005, un tournant structurel intervient à la suite de dissensions contractuelles entre Lakmé et le FDCI, menant au transfert du siège de l’événement à Mumbai à partir de 2006. L’installation dans la capitale économique et culturelle de l’Inde, dans des lieux prestigieux comme le NCPA et plus récemment le Jio World Convention Centre, dynamise l’institution. Elle triple quasiment l’effectif des designers présentés, favorise le croisement entre mode et cinéma (Bollywood devenant un moteur clé de son rayonnement), et pose Mumbai comme hub d’émergence de nouvelles marques et de dialogues artistiques. Aux figures fondatrices s’ajoutent des faiseurs d’opinion tels que Manish Malhotra, Sabyasachi Mukherjee et Ritu Beri, tout en multipliant les collaborations avec des créateurs internationaux et des partenaires stratégiques industriels et culturels, consolidant la vocation globale de la semaine.

Durant la décennie 2010-2020, Lakmé Fashion Week connaît une phase de maturité institutionnelle et commerciale, avec l’affirmation d’un modèle de gouvernance hybride (public-privé, académique et marchand). Elle met notamment en place les programmes Gen Next et Emerging Designers Showcase, désormais références en matière de détection et d’accompagnement de jeunes talents. La diversification de ses activités – ateliers, master classes, expositions, journées thématiques, notamment autour de la durabilité – marque sa capacité à se positionner à l’avant-garde des transformations qui traversent le secteur. La reconnaissance institutionnelle s’exprime aussi par l'implication croissante du ministère du Textile, la participation de grandes écoles et la structuration d’un réseau de formation et de certification répondant aux besoins concurrentiels du marché mondial.

La période contemporaine est marquée par la consolidation du modèle « phygital » (événements hybrides physiques et digitaux), l’intégration explicite des enjeux de durabilité et d’éthique (lancement du projet SU.RE – Sustainable Resolution en 2019 engageant toute l’industrie indienne à réduire son empreinte écologique), et le renouvellement des formats pour toucher des publics élargis, de l’industrie aux consommateurs, en passant par les mondes de l’art et du numérique. Mumbai Fashion Week joue un rôle moteur dans la médiation entre créateurs émergents et commerces, y compris par des initiatives d’internationalisation, d’accompagnement à l’export et de veille réglementaire. Son influence se traduit enfin par des actions de lobbying, le soutien à la création contemporaine, et le développement de standards professionnels visant à positionner durablement l’industrie mode indienne dans le jeu global.

Les défis actuels de l’institution résident dans l’accélération des mutations technologiques (digitalisation, intelligence artificielle appliquée à la création, data fashion), la pression des modèles économiques internationaux, la question cruciale de la durabilité (sourcing, production, logistique), et la nécessité de maintenir une identité culturelle forte face à la mondialisation des goûts. Pour y répondre, Mumbai Fashion Week intensifie sa collaboration avec des organes publics, académiques et industriels, tout en encadrant la formation continue des talents et le renouvellement générationnel via des laboratoires d’innovation pédagogique.

Avec une audience dépassant régulièrement 10 000 visiteurs physiques par édition et une portée médiatique de plusieurs centaines de millions d’impressions internationales, Mumbai Fashion Week s’est imposée comme un modèle institutionnel hybride, orienté vers l’innovation, la valorisation des patrimoines et l’exportation des savoir-faire indiens. Son organisation croise intérêts économiques, artistiques, culturels et politiques, tout en restant attentive à la montée des enjeux sociaux responsables, condition sine qua non pour rester acteur central de la mode du XXIe siècle.

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