NINA RICCI
La maison Nina Ricci voit le jour à Paris en 1932, en pleine période de mutation sociale européenne, alors que la crise économique mondiale bouleverse les équilibres. Fondée par Maria Adélaïde Nielli, dite Nina Ricci, et son fils Robert Ricci, la marque s’installe rue des Capucines. Nina Ricci, italienne d’origine, est déjà réputée pour son talent de modéliste chez Raffin, tandis que Robert quitte la publicité pour piloter la maison à ses côtés. Ce duo accorde une priorité à une mode féminine, raffinée, empreinte de délicatesse, qui contraste alors avec la rigueur de l’entre-deux-guerres.
Se forger une identité : la féminité élégante et l’envol du parfum
Dans ce Paris bouillonnant de créativité, Nina Ricci affirme rapidement son identité : des créations vaporeuses, romantiques, parfaitement coupées. Mais c’est grâce à un coup de génie de Robert—le lancement de la parfumerie dès 1941—que la maison s’impose durablement, diversifiant son offre et ses publics. Le premier parfum, "Cœur Joie", voit le jour en 1946, suivi de l’iconique "L’Air du Temps" en 1948. Ce dernier, conçu avec Germaine Cellier et habillé d’un flacon Lalique, véhicule un message pacifiste à travers son motif de colombe, dans une France d’après-guerre avide d’espoir et de renouveau.
Le succès phénoménal de "L’Air du Temps" (près d’un flacon vendu chaque seconde à l’international à son apogée) ancre Nina Ricci dans l’inconscient collectif comme une célébration de la féminité, du rêve et de la liberté retrouvée.
Public, clientèle et engagement
Dès ses débuts, la maison s’adresse à une clientèle aisée, majoritairement féminine, en quête d’élégance intemporelle et d’éclat parisien. Nina Ricci incarne alors une mode accessible plutôt que strictement aristocratique, tout en maintenant une image raffinée. Les campagnes des parfums viseront plus tard les jeunes femmes et les jeunes adultes, notamment avec les déclinaisons modernes et pop de la saga "Nina" à partir de 2006. Sur le plan éthique, la marque a progressivement affiché des valeurs de diversité et d’inclusivité, en particulier sous l’influence de ses directeurs artistiques récents.
L’évolution stylistique : les directeurs artistiques comme révélateurs d’époques
Après la disparition de Nina Ricci en 1970, l’ADN de la maison se transmet à travers ses héritiers et une succession de directeurs artistiques. Jean-François Crahay puis Gérard Pipart perpétuent jusque dans les années 1990 une vision élégante, épurée, fidèle à l’héritage Ricci.
La prise de contrôle par le groupe Puig en 1998 dynamise la marque. Les directions créatives de Lars Nilsson, Olivier Theyskens, Peter Copping (2009-2015), puis Guillaume Henry, introduisent chacune de nouvelles inspirations, entre féminité douce, modernité structurée et jeux de volumes. En 2018, le duo Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh insuffle une fraîcheur contemporaine, puis en 2022, Harris Reed, figure du gender fluid, prend le relai pour ouvrir la maison vers plus d’inclusivité et de modernité, cultivant le dialogue avec la jeune génération et les nouveaux codes sociaux.
Réussites commerciales et marketing : l’innovation par le parfum et le digital
Parmi les coups d’éclat de la maison, la saga des parfums tient une place centrale. "Nina", lancé en 2006, relance la notoriété de la marque auprès d’un jeune public, tandis que les campagnes digitales innovantes—comme celle menée sur TikTok pour Nina Rose en 2021—permettent de conquérir de nouveaux marchés et d’atteindre des taux de conversion exceptionnels. La marque s’illustre par des partenariats inventifs, notamment avec Ladurée pour "La Tentation de Nina", associant parfum et création pâtissière en édition limitée, ou via des collaborations avec des artistes et designers contemporains qui renouvellent sans cesse son image.
Crises et controverses : l’affaire Arlette Ricci et la gestion de l’image
La maison a traversé des périodes troubles, dont la plus médiatisée est la condamnation pour fraude fiscale d’Arlette Ricci, héritière de la marque, en 2015 puis en appel en 2017, avec des amendes et des peines de prison avec sursis pour dissimulation de patrimoine à l’étranger. Si la marque a géré cette crise en gardant une posture discrète et institutionnelle, elle a veillé à ce que l’affaire, qui concernait le patrimoine familial et non directement les activités de la maison, n’entache pas durablement son image de légitimité et d’excellence dans le secteur du luxe.
Collaborations, rayonnement et héritage
L’histoire de Nina Ricci est également ponctuée de nombreuses collaborations, tant dans le parfum que dans la mode, souvent pour réinterpréter ses classiques ou créer des capsules évènementielles. L’approche actuelle se veut ouverte sur la transversalité des disciplines créatives et la valorisation des jeunes talents, comme l’a illustré la volonté de Harris Reed de soutenir l’émergence de créateurs inclusifs et responsables.
Aujourd’hui, Nina Ricci continue de conjuguer héritage, audace, et renouvellement : une maison qui, tout en célébrant son patrimoine, sait anticiper les tendances et parler à chaque nouvelle génération sans jamais perdre sa singularité.