RICK OWENS

Rick Owens, de son nom complet Richard Saturnino Owens, naît le 18 novembre 1961 à Porterville, en Californie, au sein d’une famille d’origine mexicaine du côté maternel. Son enfance dans une petite ville agricole, peu exposée à la mode, marque profondément sa sensibilité artistique et son regard sur la marginalité. Owens s’installe à Los Angeles à la fin des années 1970, attiré par la scène punk underground alors bouillonnante. Il commence des études de peinture à l’Otis College of Art and Design, avant de se spécialiser dans la mode et la technique du vêtement à la Los Angeles Trade Technical-College, où il acquiert un savoir-faire en drapage et patronage.

L’ascension et la création de son univers

En 1994, Rick Owens lance sa marque éponyme à Los Angeles, opérant au départ depuis une boutique brute sur Hollywood Boulevard. Son style se distingue immédiatement par une esthétique minimaliste, sombre et audacieuse, très éloignée des codes californiens de l’époque. La reconnaissance internationale arrive au début des années 2000, quand la photographe Corinne Day et la styliste Carine Roitfeld mettent en avant ses créations portées par Kate Moss pour Vogue Paris. Ce coup de projecteur attire l’attention d’Anna Wintour, permettant à Owens de présenter son premier défilé à New York, financé par American Vogue. Il est ensuite recruté pour redynamiser la maison de fourrure parisienne Revillon.

Son déménagement à Paris en 2003, avec sa compagne et muse Michèle Lamy, marque un tournant. Leur duo est emblématique : Lamy insuffle mysticisme et liberté dans la démarche d’Owens. Ensemble, ils installent leur vie et leur atelier dans un immeuble historique ayant appartenu à François Mitterrand. Dès lors, son influence ne cesse de croître sur la scène mondiale, multipliant les collaborations et collections avant-gardistes.

L’influence, les domaines et l’identité visionnaire

Rick Owens s’est rapidement imposé comme une figure de proue du gothique-chic, surnommé le « Lord of Darkness ». Son travail se caractérise par une fusion de minimalisme et d’extravagance : drapés, silhouettes monumentales, noirs profonds, matériaux bruts (cuirs, denims, soies), superpositions et détails architecturaux. Il révolutionne notamment la veste en cuir ainsi que l’athleisure, oscillant entre grunge, punk et haute couture.

Particulièrement novateur dans sa remise en question des genres, Owens propose une mode hybride, androgynique et rebelle. Il considère la mode comme une forme d’art total, intégrant architecture, art contemporain et philosophie dans ses pièces et dans son travail de design mobilier.

Son influence va bien au-delà du vêtement : il offre aux « outsiders » de la mode un langage pour revendiquer leur identité. Il inspire toute une génération de créateurs par sa capacité à joindre insoumission, élégance et réflexion sur l’anti-conformisme.

Succès, distinctions et franchissements

En trente ans, Rick Owens bâtit un empire indépendant et respecté. Il lance plusieurs labels secondaires comme DRKSHDW (ligne décontractée), Rick Owens Lilies (ciblée femme), SLAB et Palais Royal. Il collabore avec de grandes marques (Birkenstock, Veja, Moncler, Champion, Converse, Dr. Martens). La boutique phare du Palais Royal à Paris ouvre en 2006, suivie d’autres dans les principales capitales. En parallèle, le label reste indépendant, refusant d’ouvrir le capital à des groupes de luxe.

La communauté hip-hop — dont A$AP Rocky — le cite comme référence, et son esthétique marque la culture populaire. Owens reçoit de nombreuses récompenses, dont le Perry Ellis Award for Emerging Talent du CFDA en 2002 et le Cooper-Hewitt National Design Award en 2007. En 2025, le Palais Galliera lui consacre une rétrospective baptisée « Temple of Love ».

Défis personnels, difficultés et résilience

Le parcours d’Owens n’a pas été dénué d’obstacles. Il évoque sans tabou ses difficultés avec l’alcool pendant ses années à Los Angeles, jusqu’à son installation à Paris où il décide de devenir sobre. Il souligne souvent combien il a dû s’imposer en marge d’une industrie qui, au départ, n’ouvrait pas ses portes à des visions aussi radicales. Sa ténacité et son souci rigoureux de l’exécution sont au cœur de sa longévité, tout comme la synergie avec Michèle Lamy qui reste son pilier créatif et personnel.

Héritage, héritage culturel et racines

Rick Owens explore régulièrement ses racines, notamment à travers la collection « Tecuatl », titre tiré du nom de jeune fille de sa grand-mère mexicaine. Il milite pour la reconnaissance de l’identité biculturelle dans la mode et intègre des symboles issus des luttes des travailleurs immigrés, comme l’aigle de la United Farm Workers, dans ses collections.

Au-delà de la création vestimentaire, Owens développe aussi une activité de design de mobilier, où il transpose sa vision brutaliste. Son héritage est aujourd’hui celui d’un pionnier de l’avant-garde, qui aura profondément marqué la grammaire contemporaine de la mode — tant par l’image, la coupe et l’esprit, que par l’indépendance farouche de son entreprise.

Rick Owens aujourd’hui

À 60 ans passés, Rick Owens s’impose toujours comme une référence à Paris. Sobre depuis plus de vingt ans, il mène une vie très éloignée du mythe rock’n’roll, entre gym et méditation, tout en restant fidèle à ses obsessions créatives. Il continue de gérer personnellement sa maison, d’exposer et de collaborer, tout en affirmant son indépendance face à l’industrie. Owens vit entre discipline, exigence et ouverture, en homme apaisé mais jamais prêt à renoncer à la provocation et à la liberté.

La légende Rick Owens reste celle d’un outsider devenu icône, célébrant le droit à la complication, à l’étrangeté, et au dépassement de soi par la création.

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