SAINT LAURENT

Yves Saint Laurent, né en 1936 à Oran, en Algérie, montre tôt son génie créatif et sa passion pour le dessin et la mode. Après avoir remporté à 17 ans un concours de design puis fait ses armes auprès de Christian Dior, il est propulsé en 1957 à la tête de la maison Dior, où il modernise la silhouette féminine avec sa fameuse collection « Trapèze ». Sa personnalité novatrice rencontre rapidement des résistances chez Dior, mais, déterminé, il fonde sa propre maison avec Pierre Bergé en décembre 1961. Financé par l’Américain J. Mack Robinson, le duo s’installe au 30 bis rue Spontini à Paris et présente en 1962 une première collection fondatrice, signalée par l’adoption du logo YSL dessiné par le graphiste Cassandre.

Dans ce contexte de bouleversement social des Sixties, Saint Laurent révolutionne le vestiaire féminin en s’inspirant de la rue et des codes masculins : il introduit le caban, la saharienne, le premier smoking pour femmes (1966), le tailleur-pantalon (1967), puis la transparence et la combinaison-pantalon (1968). En 1966, il ose lancer la ligne « Saint Laurent Rive Gauche », premier prêt-à-porter de créateur accessible au plus grand nombre — une innovation qui démocratise la haute couture.

Engagements et philosophie : l’émancipation par la mode

Dès ses débuts, la maison Saint Laurent s’investit dans l’émancipation féminine. Yves Saint Laurent veut « donner du pouvoir aux femmes », leur permettre d’oser et de revendiquer une assurance nouvelle, tout en gardant leur élégance. Son engagement évolue aujourd’hui sous la forme d’initiatives concrètes : lutte contre les violences conjugales via une campagne pilotée par YSL Beauté, actions en faveur de l’environnement et de la circularité sous la direction de Kering, qui font du développement durable un moteur d’innovation et un facteur clé du succès de la maison.

Clientèle, public cible et mutation générationnelle

D’une clientèle à l’origine élitiste et parisienne, composée de personnalités et d’artistes, la maison Saint Laurent élargit progressivement sa cible. Le lancement du prêt-à-porter attire une clientèle plus jeune et citadine, désireuse de bousculer l’ordre établi. Aujourd’hui, la marque poursuit activement sa conquête d’un public jeune grâce à des prix stratégiquement plus accessibles sur la maroquinerie, un travail soigné de l’image avec des ambassadrices influentes comme Rosé du groupe BLACKPINK, et une communication centrée sur l’audiovisuel et la pop culture. La maroquinerie, notamment les sacs, devient le pilier du succès commercial, représentant jusqu’à 74% du chiffre d’affaires de la maison.

Les directeurs artistiques et l’évolution stylistique

Depuis Yves Saint Laurent, plusieurs directeurs artistiques ont marqué l’histoire de la maison : Alber Elbaz, après le départ du fondateur, insuffle une élégance sensible. Tom Ford (1999-2004) impose une sensualité flamboyante et une nouvelle luxuriance. Stefano Pilati (2004-2012) initie le retour d’une féminité architecturale et intellectuelle. Hedi Slimane (2012-2016) révolutionne l’image en recentrant la marque autour d’un minimalisme rock & grunge, renommant la ligne « Saint Laurent Paris » et séduisant une nouvelle jeunesse branchée. Depuis 2016, Anthony Vaccarello, passé chez Versus Versace, perpétue ce souffle rebelle tout en rendant hommage à Paris et à l’ADN de la maison avec des lignes précises et une esthétique contemporaine, intégrant la marque dans l’imaginaire collectif mondial.

Succès commerciaux, marketing et stratégies d’innovation

Le succès commercial de Saint Laurent s’explique en partie par une politique marketing agressive et visionnaire, surtout depuis Hedi Slimane : multiplication des campagnes publicitaires iconiques en noir et blanc, investissement massif dans le digital et les réseaux sociaux, réinvention du réseau de distribution avec une forte présence internationale. L’aura de la marque s’étend à l’audiovisuel avec des collaborations cinéma, propulsant certaines pièces au rang d’icônes. Sous Hedi Slimane, la marque double ses ventes et rajeunit sa clientèle, installant un engouement quasi religieux autour de certaines silhouettes.

Controverses et gestion des crises

L’histoire de Saint Laurent est jalonnée de polémiques, parfois assumées par la maison. Dès 1971, la célèbre collection « Libération », inspirée des années 40, choque par ses références aux années d’Occupation et provoque la stupeur médiatique. En 2017 puis en 2021, des campagnes publicitaires sont vivement critiquées pour des visuels jugés sexistes ou dégradants envers les femmes. Face à ces crises, la stratégie de la maison est de retirer les affiches incriminées sur injonction des autorités sans communication publique de regrets ni justification, cohérente avec une gestion des polémiques marquée par la discrétion et l’absence de justification officielle, attitude qui suscite autant l’admiration que la critique dans l’opinion.

Collaborations et diversification créative

Au fil des décennies, Saint Laurent multiplie les collaborations et s’ouvre à de nouveaux territoires créatifs. Dernièrement, la maison a multiplié les partenariats innovants, notamment avec Baccarat pour des objets lifestyle illustrant l’art de vivre à la française et incarnant une diversification haut de gamme. Elle touche désormais à la décoration, au design, à la musique ou encore à l’entertainment, via des collections spéciales en partenariat avec des artistes et designers, et en investissant des domaines comme le vinyle de luxe, le streetwear ou les accessoires d’exception. Ces initiatives renforcent la désirabilité de la marque tout en maintenant une cohérence stylistique forte, et contribuent à bâtir une image à la fois intemporelle et avant-gardiste.

Conclusion

L’histoire de Saint Laurent se distingue par une capacité exemplaire à anticiper et embrasser les évolutions sociétales, à choquer parfois pour mieux s’inscrire dans l’air du temps, tout en demeurant fidèle à l’héritage du fondateur. Alliant audace, subversion, élégance et volontarisme engagé, la marque continue d’écrire sa légende auprès d’une clientèle croissante, diversifiée et mondiale, incarnant le luxe français dans son sens le plus novateur, polémique et désirable.

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