GARÇONNE
Le style garçonne représente une rupture majeure dans l’évolution du vestiaire féminin, incarnant à la fois modernité, liberté et transgression des codes traditionnels. Popularisé dans les années 1920, durant les « années folles », ce style se caractérise par des coupes androgyne et longilignes, des robes droites à taille basse, la suppression du corset, et la coupe de cheveux courte caractéristique dite « à la garçonne ». L’esthétique est marquée par la simplicité des volumes, la suppression de la taille marquée, une poitrine aplatie, des robes qui dévoilent les jambes, et l’usage de tissus souples tels que le jersey, le crêpe ou la mousseline. Le style s’accompagne d’accessoires emblématiques comme les chapeaux cloche, les sautoirs, les chaussures plates, et privilégie le fonctionnel. Si Coco Chanel est la figure majeure et pionnière à l’origine du style garçonne, d’autres créateurs comme Jean Patou, Jeanne Lanvin, Madeleine Vionnet ou Elsa Schiaparelli participent à cette révolution vestimentaire.
Le style apparaît peu après la Première Guerre mondiale, entre 1919 et 1929, dans un contexte de profond changement social. Il devient le symbole d’une féminité nouvelle, indépendante et active. Aujourd’hui, il est considéré comme un classique iconique de la mode, régulièrement revisité dans les collections contemporaines, aussi bien dans le luxe que dans le prêt-à-porter.
GENÈSE ET CRÉATION
Le style garçonne voit le jour dans un climat d’après-guerre marqué par l’émancipation féminine et un bouleversement des normes sociales. Le rôle accru des femmes dans la société, notamment sur le marché du travail, crée un besoin de vêtements plus libres, pratiques et confortables. L’enjeu était double : répondre à la quête d’affranchissement des contraintes vestimentaires du XIXe siècle, notamment le corset, et symboliser l’égalité des sexes émergente.
Le processus créatif s’inspire largement du vestiaire masculin avec ses lignes droites et épurées. L’introduction du jersey comme tissu de jour plutôt que simple sous-vêtement est une innovation technique majeure. On observe aussi un refus clair des contraintes physiques du costume féminin traditionnel. Ce style rompt donc avec les conventions en féminisant des éléments jusque-là masculins. À sa sortie, il suscite à la fois fascination et polémique dans la presse et l’opinion publique, certains voyant même une menace aux conventions sociales. Malgré cela, le style rencontre un succès commercial soutenu, soutenu par son adoption par des actrices, artistes et femmes urbaines modernes.
ÉVOLUTION HISTORIQUE
Lancement et Première Adoption (1919–1925)
À ses débuts, le style s’impose surtout à Paris parmi une élite mondaine, grâce à la visibilité offerte par des maisons comme Chanel. Les premières clientes sont souvent des artistes, actrices ou sportives. Des déclinaisons apparaissent pour les vêtements de sport comme les pyjamas ou les maillots de bain.Popularisation et Démocratisation (1925–1929)
Le style se diffuse largement grâce à la presse, au cinéma, et à l’essor du prêt-à-porter. D’autres grands couturiers, parmi lesquels Lanvin, Vionnet et Schiaparelli, proposent leurs interprétations. Les techniques et matériaux évoluent, avec l’introduction des broderies, plis, franges et l’usage de textiles comme le lamé et le tricot. La silhouette garçonne influence alors la mode mondiale, atteignant des franges plus populaires.Classicisation et Patrimoine (années 1930 et au-delà)
Le style garçonne devient un archétype dont les codes — coupe courte, silhouette droite, sobriété — s’intègrent au patrimoine de la mode. Il inspire de nombreux créateurs des décennies suivantes, qui le réinterprètent régulièrement. On le retrouve dans des pièces iconiques comme la petite robe noire de Chanel. Le style demeure un référent dans les collections permanentes et capsules rétro.
ANALYSE TECHNIQUE ET ESTHÉTIQUE
Les coupes sont définies par une ligne tubulaire et une forme droite, avec la taille abaissée au niveau des hanches. L’absence de pinces ou corseterie donne une silhouette effacée, sans accentuation des formes féminines. Les matières utilisées évoluent du jersey vers des étoffes comme le tweed, le satin, le crêpe ou le lamé pour les tenues du soir. La palette de couleurs va du noir iconique — synonyme d’élégance moderne — aux pastels, aux teintes métalliques et contrastées selon les saisons.
Les détails techniques incluent boutons-pression, cols Claudine, poches plaquées, et une absence volontaire d’ornements superflus. Les finitions privilégient la simplicité pour faciliter le port et l’entretien. La coupe courte de cheveux joue également un rôle fondamental dans l’identité du style. La morphologie requise est rectiligne, avec souvent un usage de bandeaux ou techniques pour aplatir la poitrine. On observe une évolution vers plus d’inclusivité des tailles au fil du temps, bien que la minceur reste longtemps prédominante.
IMPACT CULTUREL ET SOCIAL
Le style garçonne symbolise une mutation profonde des codes de genre, l’émancipation corporelle et une nouvelle définition de la féminité liée à la modernité. Il est adopté par des femmes très diverses — urbaines, artistes, sportives, membres de la bourgeoisie ou militantes féministes et lesbiennes. Son influence s’étend à l’art (dans la peinture et le portrait), au cinéma (avec des figures comme Louise Brooks ou Marlene Dietrich), ainsi qu’à la littérature. Il contribue à transformer la perception du corps féminin et des normes sociales au cours du XXe siècle. Sur le plan économique, il dynamise des secteurs connexes comme l’industrie textile, la parfumerie et la cosmétique, tout en favorisant la démocratisation du sportswear féminin.
HÉRITAGE CONTEMPORAIN
Aujourd’hui, le style garçonne est constamment réinterprété tant par la maison Chanel que par de nombreux autres créateurs contemporains. Ses codes — coupes droites, smoking, allure androgyne — se mêlent à des matériaux innovants et des préoccupations actuelles telles que la durabilité et l’inclusivité. Il inspire toujours des collections en mode rétro et reste un laboratoire créatif pour penser les questions d’identité, de genre et d’innovation textile dans l’industrie de la mode. Le style garçonne n’est plus une simple tendance, mais une matrice intemporelle d’émancipation et de modernité qui continue d’influencer la mode et la culture.