TRENCH COAT
Le trench coat est un manteau long à la coupe droite, initialement conçu en toile de gabardine, une matière légère et imperméable, à l’aspect mat et au tissage sergé. Sa silhouette se distingue par sa double rangée de boutons (double-breasted), large ceinture ajustable, pattes d’épaule (épaulettes), poignets réglables, grandes poches à rabat et fente arrière pour une mobilité accrue. Le col peut se boutonner jusqu’au cou, protégé par un bavolet (storm flap).
Créé par Thomas Burberry (Burberry) et revendiqué aussi par John Emary (Aquascutum) à la fin du XIXe siècle, c’est Burberry qui introduisit en 1879 la gabardine, puis proposa le manteau militaire à l’armée britannique en 1901. Le modèle “Trench Coat” s’imposa véritablement durant la Première Guerre mondiale, son nom venant littéralement des tranchées (trench) où il fut massivement adopté par les officiers. Il incarne aujourd’hui l’archétype du manteau classique, synonyme d’élégance fonctionnelle et intemporelle.
GÉNÈSE ET CRÉATION
Le trench coat naît dans un contexte de mutations industrielles et militaires. À la charnière du XIXe et XXe siècles, le besoin d’un vêtement extérieur plus léger et adapté aux mouvements militaires s’oppose à la lourdeur des capotes en laine utilisées jusqu’alors. La gabardine, innovante par sa densité de tissage et son imperméabilité (imprégnation avant le filage), révolutionne la catégorie du vêtement de pluie. La coupe, étudiée pour garantir à la fois allure militaire et fonctionnalité (poches pour cartes, bavolet anti-pluie, manches raglan pour le mouvement) répondait à la double problématique technique et esthétique.
Thomas Burberry s’inspire de la tradition militaire tout en dépassant le simple effet utilitaire, intégrant une dimension de raffinement propre à la mode anglaise. Rapidement, la capacité à produire en masse ce manteau, alliée à ses qualités matérielles, facilite sa diffusion.
INNOVATION ET RUPTURE
L’arrivée du trench coat marque une rupture nette avec les vêtements de pluie caoutchoutés (trop lourds, peu respirants). La gabardine apporte légèreté, respirabilité, résistance et imperméabilité, transformant l’expérience du porteur. L’introduction de détails fonctionnels (D-rings, grandes poches, bavolets) est saluée par la presse comme un progrès technique et stylistique majeur. Les défis résident alors dans l’industrialisation du manteau et l’adaptation aux besoins civils lors du retour à la paix.
ÉVOLUTION HISTORIQUE
Période : Lancement et Première Adoption (années 1910-1920)
Lors de la Première Guerre mondiale, le trench intègre l’uniforme des officiers britanniques et français. Son positionnement est puissant : porter un trench signifie occuper une position d’autorité ou d’élite. À la sortie du conflit, la démobilisation favorise son adoption civile, souvent par les anciens soldats qui imposent sa silhouette en ville. Les premières ambassadrices féminines apparaissent, incarnant la modernité libérée de l’après-guerre.
Période : Popularisation et Démocratisation (années 1920-1960)
Le trench coat se diffuse dans la vie quotidienne par le cinéma, la littérature et la publicité. Il quitte progressivement le seul registre militaire pour accompagner le bureau, la rue ou les loisirs. Grâce à l’essor du prêt-à-porter, d'autres maisons s’en inspirent (même si Burberry reste la référence), expérimentant les matériaux (coton, laine, puis synthétiques) et proposant de nouvelles couleurs. Son image de mystère ou de glamour se renforce avec Hollywood (Casablanca, Breakfast at Tiffany’s).
Période : Classicisation et Patrimoine (années 1970-aujourd’hui)
Devenu “intemporel”, le trench coat demeure la pièce maîtresse des collections Burberry, ligne Heritage ou éditions créateur. Il influence nombre de créateurs, de Jean Paul Gaultier à Hedi Slimane, qui revisitent régulièrement ses codes. Sa présence dans l’art, la culture pop (de l’enquêteur au dandy) et la mode urbaine renforce son statut patrimonial.
ANALYSE TECHNIQUE ET ESTHÉTIQUE
Sa construction repose sur quelques fondamentaux : coupe droite (parfois croisée), emmanchures raglan, col chemise surdimensionné, ceinture avec boucle, pattes de serrage. La longueur varie entre mi-cuisse et mi-mollet selon les époques ; le manteau est traditionnellement beige, sable, kaki ou navy, mais les collections récentes osent couleurs vives et motifs.
La matière principale reste la gabardine de coton (ou de laine, voire en version technique moderne), associée à une doublure souvent signature (tartan chez Burberry). Les détails techniques (coutures étanchéifiées, poches à soufflet, passants pour accessoires) soulignent son utilité historique. Chaque décennie ajuste la structure : tailles marquées dans les années 50, coupe oversize ou épurée depuis les années 2010, manches exagérées ou raccourcies récemment.
IMPACT CULTUREL ET SOCIAL
Le trench coat véhicule des symboles puissants : autorité, mystère, élégance androgyne, résistance à l’adversité. Il est adopté d’abord par l’élite militaire, puis par les femmes actives (indépendance, libération), avant de s’imposer auprès de toutes les classes sociales et générations. Au cinéma, il devient l’attribut du détective, du héros romantique, de la femme fatale, transcendant les genres.
Sa démocratisation favorise le brouillage des codes vestimentaires – on le porte au bureau comme à la rue, sur une robe ou un jean. Sur le plan économique, le trench a joué un rôle clé dans l’expansion des maisons britanniques et dans la construction d’un archetype du vêtement de luxe accessible.
HÉRITAGE CONTEMPORAIN
Aujourd’hui, le trench coat fait l’objet de multiples réinterprétations : coupes oversize, matières durables (coton bio, recyclé), modèles genrés libres, intégration de technologies (imperméabilisation écologique). Maison Burberry réinvente chaque saison son modèle iconique tout en s’ouvrant à la personnalisation et la circularité (programme ReBurberry notamment). D’autres marques (Stella McCartney, Saint Laurent, Max Mara, Chloé) jouent de la coupe, de la couleur, du volume, valorisant la double dimension patrimoniale et contemporaine.
Le trench coat demeure une pièce centrale du vestiaire actuel, symbole d’adaptabilité, de caractère et d’élégance universelle, parfaitement en phase avec les préoccupations de durabilité, de fluidité des genres et d’innovation stylistique.