AGATHA RUIZ DE LA PRADA

Issue de la noblesse catalane, Agatha Ruiz de la Prada (née Águeda Isabel Ruiz de la Prada y Sentmenat le 22 juillet 1960 à Madrid) s’impose dès ses débuts comme la reine du « bonheur par le vêtement », chamboulant les codes austères des années post-Franco grâce à un langage visuel fondé sur la géométrie, la couleur primaire et la fantaisie. Porte-étendard de la Movida Madrileña, elle a transformé la mode en manifeste artistique, posant les bases du « color blocking » et d’une esthétique pop qui influencera durablement créateurs et grand public.

Débuts et Formation (1960–1981)

Née dans une famille aristocratique – son père architecte et grande collectionneur d’art contemporain – Agatha passe son enfance entre croquis et visites de musées, rêvant de devenir artiste.

Après des études à l’Escuela de Artes y Técnicas de la Moda de Barcelone, elle débute à 20 ans comme stagiaire auprès de Pepe Rubio, figure centrale de la Movida. C’est là qu’elle apprend la liberté créative et le goût du « tout est possible ». En 1981, elle présente sa première collection femmes au centre LOCAL de Madrid, ouvrant son propre atelier dans la capitale et posant les jalons de son identité visuelle vivante et positive.

Émergence et Reconnaissance (1982–1990)

Au cœur de l’effervescence culturelle post-dictatoriale, Agatha se distingue par des silhouettes en cerceaux (hoop dresses, 1983) et les robes « Michelin » aux milliers de volants (1985), symboles de son audace formelle. Sa rencontre avec El Corte Inglés lui assure un succès commercial en Espagne, tandis que ses défilés à Madrid et Barcelone lui valent une première reconnaissance internationale. Au fil de ces premières collections, elle établit son « pop code » fait de cœurs, d’étoiles et de fleurs stylisées, affirmant un style immédiatement identifiable.

Maturité Créative (1991–2010)

En 1991, Agatha révolutionne son modèle en licenciant sa marque : mode hommes, enfants, accessoires, linge de maison, parfums (PUIG), jouets, papeterie… Cette stratégie de “brand extension” la propulse sur plus de 140 marchés, avec des boutiques à Paris, Milan, New York, Madrid et au-delà.

Au tournant des années 2000, elle poursuit son exploration plastique : robe « worm dress » (années 2000), collection Neon Star (2012) qui revisite ses formes iconiques (cercles, escaliers, pianos) dans un esprit pop-surrealiste. Son univers se décline en collaborations interdisciplinaires : design de costumes pour le théâtre et l’opéra, éclairages urbains, masques solidaires pour Save the Children en 2020. En 2009, elle reçoit la Médaille d’Or du Mérite des Beaux-Arts, saluant l’impact artistique de sa démarche.

Phase 4 : Héritage et Impact (2010–2025)

En 2010, elle obtient les titres de marquise de Castelldosríus et baronne de Santa Pau, illustrant son lien permanent avec l’aristocratie espagnole. L’ouverture de la Fondation Ágatha Ruiz de la Prada (2011) assure la conservation d’une sélection de plus de trente ans de créations.

Célébrités et Millennials reprennent ses pièces comme actes d’optimisme : Miley Cyrus choisit deux de ses robes sculpturales pour les MTV VMA en 2015. Aujourd’hui, son engagement pour la durabilité s’exprime par l’upcycling (collection « Romeo and Juliet », MBFWMadrid 2025) et un discours féministe assumé – elle milite contre les discriminations de genre dans la succession des titres nobiliaires. Son influence perdure dans la génération de créateurs « coloristes » et dans la démocratisation d’une mode aussi fun que politique.

Tout au long de sa carrière, Agatha Ruiz de la Prada a puisé dans l’art contemporain (Andy Warhol), la culture pop, la bande-dessinée et l’esthétique enfantine pour forger un alphabet visuel simplifié : formes géométriques, aplats de couleurs primaires, motifs naïfs.

Sa marque s’est distinguée par une innovation conceptuelle :

  • licenciements massifs de collections et diversification produits (1991) pour démocratiser son univers ;

  • collaborations interdisciplinaires (architecture éphémère, design d’intérieur, street art) ;

  • engagement social via des projets caritatifs (masques COVID-19, droits des femmes).

Son impact sur la mode féminine se mesure à la popularisation du color-blocking et à l’émergence d’une esthétique optimiste qui a inspiré des générations de designers, de Jeremy Scott à Stella Jean, tout en attirant un public bien au-delà des défilés. Critiquée pour la dilution de sa marque, elle a néanmoins su préserver une ligne directrice cohérente et iconique, signant l’une des aventures les plus singulières de l’histoire de la mode contemporaine.

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