ANDRÉ COURRÈGES

André Courrèges naît le 9 mars 1923 à Pau, dans le sud-ouest de la France, dans une famille modeste où son père était majordome. Très tôt attiré par l’art et le design, il est néanmoins poussé par ses parents à suivre des études d’ingénieur. Passionné de sport et d’architecture, il fréquente l’École des Ponts et Chaussées tout en nourrissant un intérêt grandissant pour la création vestimentaire. Après une courte carrière d’ingénieur et de pilote dans l’Armée de l’air, il rejoint finalement le monde de la mode. Sa première expérience dans la couture se fait chez Jeanne Lafaurie avant qu’il obtienne, en 1950, un poste capital chez Balenciaga, la maison phare de la haute couture espagnole à Paris. Il y restera dix ans, assimilant la rigueur du tailleur et une approche architecturale du vêtement.

L’essor fulgurant d’une maison visionnaire

En 1961, fort de l’expérience acquise et soutenu par sa compagne Coqueline Barrière, Courrèges fonde sa propre maison de couture à Paris. Dès ses premières collections, il propose une mode tournée vers l’avenir, caractérisée par des lignes géométriques, des coupes innovantes et la prédominance du blanc. Mais c’est véritablement avec ses collections de 1964-1965 qu’il s’impose comme une force révolutionnaire dans le paysage de la mode. Sa collection dite « Space Age » incarne un esprit résolument futuriste : minijupes, robes trapèze, pantalons, bottes blanches, vinyle, PVC et lunettes oversized symbolisent l’émancipation féminine et le progrès technique. Cette esthétique, influencée par l’architecture moderne et le design industriel, bouscule les conventions en offrant un vestiaire libéré de tout carcan, où la praticité s’associe à une esthétique radicale.

Courrèges revendique un rôle d’ingénieur du vêtement : il conçoit des vêtements pensés pour le mouvement, l’autonomie et la vie active des femmes modernes. Il libère le corps de la femme du corset, du soutien-gorge et des talons, affirmant : « le harnais – la guêpière et le soutien-gorge – est la chaîne de l’esclave ». Il impose le short, le pantalon et la mini-jupe dans le vestiaire féminin, donnant une nouvelle légitimité à ces pièces en haute couture. L’acte rejoint la parole : dès 1963, il fait défiler les premiers pantalons pour femme, puis la mini-jupe connaîtra sous son impulsion une popularité mondiale, en parallèle de Mary Quant au Royaume-Uni.

Influence et participation dans la mode

Le style Courrèges, surnommé « Le Corbusier de la mode », bouleverse la haute couture. Il inspire des créateurs majeurs comme Yves Saint Laurent, Pierre Cardin ou, plus tard, Thierry Mugler et Jean-Charles de Castelbajac. La célèbre « petite robe blanche » de Courrèges devient aussi iconique que la « petite robe noire » de Chanel. Des célébrités comme Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Gloria Guinness adoptent ses créations, amplifiant leur rayonnement. Sa vision lance la mode dite « Space Age », où la modernité technologique et les matériaux nouveaux tels que le plastique, le vinyle ou le tissu métallisé envahissent les podiums. Mais Courrèges ne s’arrête pas au style : il modernise aussi la façon de produire et distribuer la mode, développant la première ligne de prêt-à-porter de luxe baptisée « Couture Future » dès 1967, afin de démocratiser le style qu’il a initié.

La créativité de Courrèges lui permettra de signer des projets variés : création de la combinaison « seconde peau » en 1969, uniformes officiels pour les Jeux Olympiques de Munich en 1972, lancement de parfums dès les années 1970. Innovant jusque dans sa communication, il rend visible son logo AC, devenu emblème de modernité, puis n’hésite pas à collaborer avec d’autres créateurs, comme Jean-Charles de Castelbajac dans les années 1990.

Succès, difficultés et fin de carrière

Le succès international de Courrèges s’accompagne néanmoins de difficultés. Dès 1965, il souffre de la copie massive de ses créations, allant jusqu’à suspendre temporairement ses collections publiques afin de préserver son identité et le savoir-faire de sa maison. L’évolution rapide du marché et l’émergence du prêt-à-porter entraînent de nouveaux défis économiques. Malgré une période d’affaiblissement médiatique à partir de la fin des années 1970, la maison se maintient, notamment grâce au succès commercial de ses parfums et à la fidélité d’une clientèle internationale.

En 2011, André et Coqueline Courrèges cèdent leur maison à deux investisseurs qui relancent la marque, témoignant de la persistance de son style dans la culture populaire et l’industrie de la mode contemporaine. Andrea Courrèges meurt le 7 janvier 2016 à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 92 ans, après une longue lutte contre la maladie de Parkinson.

Héritage et actualité de la maison Courrèges

L’héritage d’André Courrèges est immense. Il a imposé une silhouette graphique, épurée, fonctionnelle, et une vision du vêtement comme prolongement d’un mode de vie tourné vers l’avenir. Son influence se fait sentir aussi bien dans le prêt-à-porter de luxe que dans la haute couture contemporaine. Nombre de créateurs, parmi lesquels Nicolas Ghesquière, Jil Sander ou Hussein Chalayan, revendiquent son héritage en perpétuant une approche architecturale et expérimentale de la mode. Aujourd’hui, la maison Courrèges continue de prospérer sous la direction de Nicholas Di Felice, qui revisite les codes de la marque – telle la minijupe ou les matières techniques – en préservant l’esprit d’innovation tout en s’engageant dans la durabilité et l’écoconception.

Conclusion

Visionnaire insatiable, André Courrèges a transformé non seulement la silhouette féminine mais aussi la façon dont la mode se pense et se diffuse. Son goût pour la nouveauté, son exigence technique et sa volonté émancipatrice font de lui l’une des figures majeures de l’histoire de la mode, dont l’influence marque aujourd’hui encore la création contemporaine.

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