AKRIS

Fondée en 1922 à Saint-Gall, en Suisse, la maison Akris voit le jour grâce à Alice Kriemler-Schoch, qui démarre son aventure par la confection de tabliers dans cette ville alors au cœur de l’industrie textile mondiale. À cette époque, Saint-Gall assure plus de la moitié de la production mondiale de broderie, portant haut l’excellence textile suisse. Les initiales de la fondatrice ont donné leur nom à la marque, mais il faudra attendre les années 1960 pour qu’Akris devienne un label officiel, avec la contribution de Max Kriemler, fils d’Alice.

L’Évolution et les Directeurs Artistiques

La véritable expansion de la marque intervient sous l’impulsion de Max, qui, dès 1944, transforme Akris en une maison de prêt-à-porter et pose les bases d’une collaboration avec les grandes maisons parisiennes comme Ted Lapidus et Givenchy dans les années 1970.

En 1980, Albert Kriemler, petit-fils d'Alice et fils de Max, reprend la direction artistique à seulement 19 ans. Ce jeune créateur marquera durablement le style de la marque par sa discrétion créative et son engagement à magnifier la simplicité et la fonctionnalité du vêtement féminin. C’est également sous sa direction que la marque gagne en rayonnement international, notamment avec l’entrée d’Akris à la Fashion Week de Paris dès 2004, puis à New York en 2016. Albert reçoit, la même année, le prestigieux Couture Council Award for Artistry of Fashion du Fashion Institute of Technology.

Parallèlement, Peter Kriemler rejoint l’entreprise en 1987 et prend en main la gestion et la production, complétant ainsi un binôme de troisième génération aux commandes de la maison.

Engagements, Clientèle et Public Cible

Akris incarne l’exigence helvétique du luxe pudique : un minimalisme raffiné qui séduit une clientèle internationale de femmes actives, puissantes et exigeantes, souvent à des postes de direction ou figures publiques. Parmi elles, on retrouve des personnalités telles qu’Amal Clooney, Charlène de Monaco, Angelina Jolie ou encore Nicole Kidman.

La marque s’engage par ailleurs non seulement en faveur d’un artisanat local — via ses liens étroits avec les brodeurs de Saint-Gall — mais aussi pour la durabilité, la qualité et l’innovation textile. Elle modernise la broderie traditionnelle, explore de nouvelles textures et vise la longévité dans ses créations, en phase avec les défis environnementaux actuels.

Succès Commerciaux et Marketing

Akris est aujourd’hui le plus grand producteur suisse de vêtements, distribué dans plus de 300 points de vente mondiaux, dont 70 magasins aux États-Unis. Son chiffre d’affaires approche les 500 millions de dollars — une estimation non démentie, mais probablement légèrement surestimée selon la marque. Le marché nord-américain représente environ 40% des ventes, preuve du succès substantiel de la marque outre-Atlantique.

La renommée d’Akris a été amplifiée grâce à des campagnes publicitaires mondiales dès 1995 avec Steven Klein et Stella Tennant et avec le lancement, en 1996, de la ligne plus accessible Akris punto. Les boutiques se déploient alors à Paris, Boston et dans les grands magasins américains de référence (Neiman Marcus, Saks Fifth Avenue).

Les Codes et Éléments Iconiques

Akris se distingue par ses coupes épurées, la fonctionnalité discrète de ses vêtements, le double-face de laine, et ses textiles innovants issus des meilleurs ateliers suisses. Ses silhouettes fluides et pratiques, la discrétion des logos et des ornements, la palette de couleurs sobres ponctuée de nuances audacieuses à l’occasion, constituent ses signatures. Le sac Ai, lancé il y a une dizaine d'années, est aujourd’hui un des emblèmes de la griffe.

L’attachement à l’art contemporain et à l’architecture transparaît aussi dans les collections, parfois issues de collaborations, comme avec Herzog & de Meuron, Sou Fujimoto ou les artistes Thomas Ruff et Carmen Herrera.

Collaborations et leurs Conséquences

Akris multiplie les collaborations artistiques, notamment avec des créateurs ou des artistes contemporains (Alexander Girard, Rodney Graham, Imi Knoebel) et des architectes, ce qui confère une identité forte et renforce son image de marque avant-gardiste. Cette stratégie a été déterminante dans la valorisation internationale de la marque et dans la fidélisation d’une clientèle cultivée et exigeante.

La maison s’implique également dans des projets culturels et des expositions, comme celle du Gestaltung Museum de Zurich en 2023 ou, plus récemment, à l’Opéra de Hambourg avec la création de costumes de ballet pour John Neumeier en 2024.

Controverses et Gestion

Akris a traversé ses cent années sans scandale majeur ni polémiques publiques notables, principalement grâce à une discrétion familiale et une gestion indépendante. Sa structure familiale et son indépendance lui permettent d’éviter les écueils fréquents du secteur du luxe, notamment en termes de changements brusques de direction artistique ou de stratégie de marque. Les rares remises en cause, notamment en lien avec les enjeux environnementaux qui impactent toute la mode, sont abordées par la recherche constante de matériaux innovants et d’une production locale et maîtrisée (collaboration avec Bischoff Textil, Forster Rohner…).

Conclusion : Héritage et Modernité

Centenaire, Akris demeure un exemple de réussite tranquille : entre transmission familiale, souci du respect des racines locales, innovation textile et design intemporel. À l’aube de ses cent ans, la maison célèbre son héritage par un documentaire événement projeté à New York en juin 2025, affirmant encore une fois son ancrage à la croisée de la tradition et de la modernité.

Akris, c’est ainsi la démonstration discrète que le luxe suisse sait s’imposer avec rigueur, fonctionnalité et élégance, incarnant le “quiet luxury” dont la mode contemporaine raffole, sans jamais se départir de sa dimension humaine et artisanale.

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AMINA MUADDI