ALEXANDER MCQUEEN

Né en 1969 à Lewisham (Londres), Lee Alexander McQueen (1969–2010) s’impose comme l’“enfant terrible” puis le visionnaire de la mode britannique, redéfinissant les codes esthétiques du prêt-à-porter et de la haute couture. Formé aux traditions de Savile Row, il mêle dans son œuvre un raffinement technique inégalé à une imagerie puissante – de la violence historique aux contes mythologiques – pour créer des spectacles qui redéfinissent la relation spectateur-vêtement. Son héritage se traduit par l’influence durable exercée sur de jeunes créateurs, la pérennité de sa maison sous la direction de Sarah Burton et l’omniprésence de ses codes (bumster, foulard à tête de mort) dans la culture mode contemporaine.

Débuts et formation (1969–1992)

Lee Alexander McQueen naît le 17 mars 1969 d’une fratrie de six enfants dans un foyer modeste : Ronald est chauffeur de taxi et Joyce professeure de sciences sociales. Passionné de couture dès l’enfance, il conçoit des robes pour ses sœurs. À 16 ans, il abandonne l’école (un seul O-Level en art) et rejoint Savile Row : deux ans d’apprentissage chez Anderson & Sheppard puis chez Gieves & Hawkes, où il acquiert un savoir-faire tailleur d’exception1. Il poursuit chez Angels & Bermans (costumes de théâtre), Koji Tatsuno (pattern-cutting) et Romeo Gigli à Milan (1989–1990), ce qui affine son goût pour la théâtralité et le drapé.

Rentré à Londres en 1990, il emprunte 4 000 £ pour intégrer le MA Fashion Design de Central Saint Martins (1990–1992). Sa collection de fin d’études Jack the Ripper Stalks His Victims est achetée en totalité par Isabella Blow, qui devient sa mentor et l’incite à privilégier son deuxième prénom, Alexander, pour sa marque.

Émergence et reconnaissance (1992–1997)

En mars 1992, McQueen présente sa graduation collection à Londres. En 1993, il lance son premier défilé Taxi Driver, explorant la violence urbaine et la décadence nocturne. Dès 1994, il remporte le British Designer of the Year et se fait remarquer avec ses bumster trousers, qui abaissent la taille du pantalon à un niveau septimétral.

Son style se définit par la juxtaposition de coupes ultra-taille (frock coats acérés) et de textiles corrodés ou lacérés. Il capte l’attention en 1995 avec Highland Rape, une métaphore des Clearances écossaises, provoquant scandale et polémique féministe ; McQueen défend une lecture historique, non misogyne. En 1996, à vingt-sept ans, il est nommé directeur artistique de Givenchy, mais quitte la maison en 2001, estimant que la contrainte nuit à sa créativité.

Maturité créative (1998–2010)

À son retour chez son propre label après son passage chez Givenchy, Alexander McQueen entre dans une phase de maturité créative, déployant une vision encore plus audacieuse et ambitieuse. Entre 1998 et 2001, il signe des collections marquantes, telles que Untitled, avec ses corsets en forme d’épine, et Voss pour le printemps-été 2001, où il imagine une mise en scène saisissante dans une cellule d’asile envahie par la nature. Ces défilés spectaculaires renforcent sa réputation d’avant-gardiste, entre émotion, provocation et innovation artistique.

En 2003, McQueen diversifie son univers en lançant son premier parfum, Kingdom, et en créant le célèbre foulard à tête de mort, devenu un incontournable de la mode. Il poursuit sur cette lancée en 2006–2007 avec le développement de la ligne secondaire McQ, une collaboration avec MAC pour la collection maquillage Cleopatra, et des défilés-concepts comme Widows of Culloden et Sarabande, où il combine technologie, vidéo et performance artistique pour repousser les codes traditionnels du show de mode.

Le point d’orgue de cette période créative survient en 2010 avec la collection Plato’s Atlantis, sa dernière, qui aborde le thème de l’apocalypse écologique en fusionnant LED, imprimés digitaux et silhouettes futuristes, anticipant l’émergence d’une mode high-tech. Durant toutes ces années, McQueen multiplie les collaborations avec des artistes visuels comme Stéphane Sednaoui, des musiciens tels que Björk et David Bowie, et intègre dans ses créations des références variées, du romantisme noir à la mythologie, enrichissant sans cesse l’imaginaire de sa marque.

Héritage et impact (2010–…)

Le décès de McQueen en février 2010 marque une onde de choc. Sa maison, dirigée par Sarah Burton, prolonge son esprit en remportant en 2011 le prix du CFDA pour la collection Plato’s Atlantis.

Son œuvre est célébrée par l’exposition Savage Beauty (Metropolitan Museum 2011, V&A 2015), soulignant son apport conceptuel et la porosité entre mode et art. McQueen reçoit à titre posthume le CBE et entre dans le panthéon des plus grands couturiers, influençant designers (Rick Owens, Iris van Herpen) et industries culturelles.

Les références d’Alexander McQueen plongent profondément dans un imaginaire nourri par le gothique, le naturalisme, l’histoire européenne et l’art contemporain. Sa créativité s’imprègne aussi des grandes tendances de la culture pop—cinéma, musique—offrant une signature artistique immédiatement reconnaissable. Cette richesse d’influences se traduit par un travail audacieux, mêlant l’audace des références anciennes et la modernité des icônes culturelles actuelles.

Ses créations marquent l’histoire de la mode par des signatures esthétiques saisissantes : les célèbres bumsters, les corsets extrêmes, l’utilisation de textiles dégradés et les motifs de tête de mort deviennent emblématiques de la maison. Parmi ses innovations figurent la maîtrise des coupes architecturales, l’intégration d’imprimés numériques et de technologies (telles que les LED), ainsi que la fusion des défilés avec des spectacles multimédias, conférant à chaque présentation une puissance émotionnelle et visuelle unique.

L’œuvre de McQueen s’accompagne d’une réflexion critique et d’un engagement artistique singulier : il n’hésite pas à provoquer, comme en témoigne le retentissant Highland Rape (1995) mêlant violences historiques, dérives coloniales et érotisme visuel. Sa réinvention du tailleur, jouant sur l’ambiguïté des genres, influence durablement le prêt-à-porter de luxe et le streetwear contemporain. Son héritage, marqué par des collaborations inter-disciplinaires et des prises de positions engagées, façonne encore aujourd’hui les codes de la mode internationale

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