BUSINESS OF FASHION (BOF)
Le magazine Business of Fashion (BoF) se distingue comme l’une des institutions culturelles majeures du secteur mode au XXIe siècle. Son émergence et son évolution doivent être appréhendées à travers leurs dynamiques chronologiques, en articulation constante avec les mutations culturelles, économiques et technologiques de l’industrie mondiale de la mode.
Profil institutionnel
Business of Fashion (BoF), fondé sous le statut de société privée à responsabilité limitée en 2007 à Londres, s’est constitué d’abord comme un webmédia indépendant centré sur l’analyse économique, stratégique et culturelle de la mode. Son fondateur, Imran Amed, consultant en management passé par Harvard Business School et McKinsey & Company, a imprimé à BoF une culture de l’expertise, de l’indépendance éditoriale et de la globalisation de l’information de mode. BoF revendique une mission de « clarifier, informer et connecter l’industrie », en se positionnant comme le média de référence pour les décideurs, créateurs, entrepreneurs et étudiants de la mode, avec un lectorat réparti dans plus de 200 pays et une audience composée de professionnels à 70 %.
Période de fondation (2007-2012)
En 2007, dans un contexte de digitalisation croissante des médias, d’hyper-mondialisation et de crise économique remettant en cause les anciens modèles, Imran Amed lance BoF comme un blog personnel, conçu depuis son appartement à Notting Hill. L’objectif initial est de pallier l’absence d’analyses spécialisées en anglais sur l’économie de la mode, à contre-courant du journalisme lifestyle alors dominant. Très vite, le site attire les insiders et professionnels du secteur, devenant la première plateforme à fournir gratuitement une veille régulière, des analyses d’affaires et des enquêtes sur l’univers du luxe, du mass-market et les mutations structurelles du secteur. En 2013, BoF franchit un cap en levant 2,5 millions de dollars de fonds privés, amorçant ainsi sa structuration managériale et éditoriale, et ouvrant des bureaux à Londres, New York et Shanghai.
Période de développement (2013-2017)
Pendant cette phase, la rédaction s’étoffe (30 collaborateurs en 2015, 80 dès 2018). BoF lance en 2013 le BoF 500, index annuel des personnalités les plus influentes du secteur, qui s’impose comme un indicateur de pouvoir et de tendances au sein de l’industrie mode. La volonté de monétisation conduit, en 2016, à un modèle freemium (BoF Professional) : certains contenus hautement spécialisés deviennent accessibles sur abonnement. L’année suivante, BoF s’internationalise avec une version chinoise, répondant à la montée en puissance de la Chine dans le secteur mode et luxe. Le magazine multiplie les partenariats — universités, écoles de mode, maisons de luxe — et assoit sa crédibilité internationale en tant que média agenda-setter et catalyseur de débats sectoriels.
Période de maturité (2018-2020)
Entre 2018 et 2020, BoF consolide son positionnement d’« industrie bible », cumulant 100 employés et 100 000 abonnés payants, tout en servant une communauté de membres dans 125 pays. L’entreprise diversifie ses activités avec la création de plateformes BoF Careers (emploi et carrières), BoF Education (cours en ligne), et l’événement annuel VOICES, qui rassemble à Oxford les décideurs du secteur pour débattre de prospective, digitalisation, inclusion et éthique. BoF commence aussi à influencer le débat public en matière de politiques de durabilité, de parité et d’innovation dans la mode, tout en exportant son modèle de plateforme hybride média-service à d’autres marchés.
Période contemporaine (2020 à aujourd’hui)
Depuis 2020, BoF accélère sa transformation digitale et consolide son rôle face aux enjeux contemporains. Il publie chaque année le BoF Sustainability Index, outil de mesure et de benchmarking sur la progression des grands groupes mode face aux impératifs climatiques, sociaux et réglementaires : ce rapport détaille comment les entreprises répondent à la réduction des émissions, la gestion des déchets et les droits des travailleurs, soulignant l’insuffisance des progrès récents tout en valorisant les innovations sectorielles. BoF élargit ses contenus éducatifs, proposant diplômes et certifications online, et renforce ses partenariats avec écoles et universités du monde entier. Il répond aussi à la demande croissante d’analyse sur la digitalisation, les nouveaux modèles économiques fondés sur l’abonnement, le métavers et l’intelligence artificielle. L’entreprise se positionne clairement sur la défense d’une mode éthique, inclusive et innovante, s’engageant dans la veille réglementaire sur la RSE et la résolution de conflits professionnels au sein du secteur.
Influence et rayonnement
BoF est reconnu comme la principale source de veille sectorielle B2B dans la mode, indissociable des dynamiques de gouvernance, d’innovation, d’évolution des formats et des stratégies d’internationalisation du secteur. Fort d’une audience professionnelle majoritaire, BoF influence tant les stratégies RH, le recrutement de talents, l’accompagnement de marques émergentes que l’évangélisation en faveur de pratiques responsables et de la montée en compétence de la filière globale. Il exerce également une influence sur les politiques publiques via son lobby sur la durabilité et les bonnes pratiques professionnelles.
Défis et perspectives
BoF doit constamment s’adapter aux ruptures technologiques (IA, blockchain, métavers), aux exigences renforcées de transparence et aux mutations du lectorat (essor du format audio, vidéo, micro-formation). La consolidation de son modèle payant et son internationalisation hors des marchés euro-américains constituent des priorités. Enfin, la publication de standards d’excellence, la médiation sectorielle et l’accompagnement des start-ups et jeunes créateurs se renforcent pour garantir le renouvellement et la résilience de la mode globale à l’horizon 2030.
Ainsi, Business of Fashion s’impose aujourd’hui comme une institution culturelle centrale, mais évolutive, qui façonne l’information, l’innovation et la régulation du secteur mode dans une perspective internationale, critique et prospective.