SONIA RYKIEL

Sonia Rykiel, née Sonia Flis le 25 mai 1930 à Neuilly-sur-Seine, est l'aînée de cinq filles d'une famille juive d'origine russo-polonaise, dont le père est horloger et la mère d'ascendance russe. Adolescente marquée par une éducation bourgeoise et intellectuelle, Sonia préfère l'univers créatif à l'étude académique : après avoir échoué au baccalauréat, elle commence à travailler à 17 ans comme étalagiste à la Grande Maison de Blanc à Paris. Ce goût précoce pour le textile la propulsera rapidement dans le monde de la mode.

En 1953, elle épouse Sam Rykiel, propriétaire de la boutique de mode « Laura » dans le 14e arrondissement de Paris. C'est dans ce contexte qu'elle commence, presque par hasard, à dessiner ses propres vêtements, notamment parce qu'elle ne trouve pas, pendant sa grossesse, de pulls convenables à son goût. Elle fait alors réaliser, pour elle-même, un petit pull moulant qui deviendra le célèbre « Poor Boy Sweater ». Son mariage donnera naissance à deux enfants, Nathalie et Jean-Philippe, qui deviendront, l’un comme l’autre, des figures publiques, Nathalie assurant même la succession créative chez Rykiel.

L’avènement de Sonia Rykiel : créativité et révolution stylistique

Les années 1960 voient l’envol fulgurant de Sonia Rykiel : son pull iconique séduit d’abord les Parisiennes, puis conquiert le monde après une couverture dans le magazine Elle portée par Françoise Hardy. Audrey Hepburn en commandera plusieurs exemplaires, consolidant la réputation de Rykiel avec, déjà, l’image d’une femme indépendante et joyeuse. Dès 1968, fraîchement divorcée de Sam Rykiel mais toujours empreinte d’indépendance, elle ouvre sa première boutique rue de Grenelle, en plein cœur du bouillonnement intellectuel du quartier Saint-Germain-des-Prés et dans un climat de contestation sociale. Ses premières pièces, brodées de messages révolutionnaires, sont en phase avec l’émancipation féminine de l’époque.

Sonia Rykiel invente alors une nouvelle grammaire vestimentaire. Elle impose la maille comme matière noble, déconstruit les codes traditionnels avec ses coutures à l'envers, l'absence d'ourlets et de doublure, les rayures multicolores ou noires, les superpositions libres, et même l’inscription de mots sur les pulls. Surnommée la « Reine du tricot », elle popularise une mode où le confort, l’intelligence et la liberté de mouvement deviennent des attributs aussi importants que l’élégance. Ses créations séduisent les femmes influentes et célèbres telles que Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Jacqueline Kennedy-Onassis ou Lauren Bacall. En 1972, le magazine Women's Wear Daily la consacre « Queen of Knitwear ».

Une vision et une philosophie de la mode

Plus qu'une créatrice, Sonia Rykiel se fait l’ardente défenseuse d’une femme active, indépendante, aussi sensuelle que cérébrale. Elle prône la « démode », une philosophie de l’anticonformisme où le vêtement doit libérer et non contraindre. Elle est pionnière dans l’absence de structures, créant des vêtements souples, sans soutien ni carcan. L’humour et l’irrévérence parcourent ses créations, souvent inspirées de ses propres besoins et envies, qu’elle n’hésite pas à porter elle-même. Elle valorise la maille, le noir mais aussi la couleur, les rayures, la dentelle, le strass et les messages brodés, tout en refusant que le vêtement fasse oublier la personnalité féminine.

Dans les années 1980, elle élargit sa gamme mais conserve l'essence de sa maison : la maille, le jeu des textures, le confort, le refus du superflu, s’inscrivent dans une tradition française de chic nonchalant. Elle s'associe à l'hôtellerie en décorant l’hôtel de Crillon (1972) puis l'hôtel Lutetia (1985).

Succès, rayonnement et héritage

Sonia Rykiel a connu un immense succès commercial et critique. Elle démocratise le vêtement haut de gamme accessible avec une ligne de prêt-à-porter élégante et désinvolte. Sa maison développe des collections pour hommes, enfants, accessoires, parfums et même une ligne de décoration intérieure. Elle fut célébrée dans l’industrie comme une pionnière, à contre-courant des carcans de la couture traditionnelle. Nombre de créateurs, de Jean-Paul Gaultier à Karl Lagerfeld, lui reconnaîtront une influence majeure.

Parallèlement à sa carrière de designer, Sonia Rykiel écrit plus d'une dizaine de livres, explorant la mode, la liberté féminine ou la condition de la femme contemporaine. Sa biographie, son écriture et son témoignage public sur la maladie de Parkinson (révélée en 2012) feront d’elle une figure attachante et reconnue pour sa résilience. Elle a été une femme engagée, soutenant notamment la libération des femmes et la liberté d’expression.

Difficultés et fin de vie

Les quinze dernières années furent assombries par la maladie de Parkinson, que la créatrice a longtemps passée sous silence avant de la rendre publique dans son livre « N’oubliez pas que je joue ». Malgré le ralentissement des apparitions publiques, Sonia Rykiel continue d’influencer la maison qui porte son nom, en collaborant étroitement avec sa fille Nathalie, puis d’autres directeurs artistiques, dans un esprit d’audace et de fidélité au style maison.

En 2012, 80% de la maison Sonia Rykiel est acquise par un groupe hongkongais, tandis que la famille conservera la direction créative jusqu’à la disparition de la fondatrice. Sonia Rykiel s’éteint à Paris le 25 août 2016, à l’âge de 86 ans, des suites de cette maladie.

Un héritage durable

Sonia Rykiel laisse une empreinte profonde dans l’histoire de la mode : la libération du style féminin, la mise en avant de la maille de luxe, une philosophie joyeuse et impertinente du vêtement, et une célébration de la femme moderne. Sa maison continue d’exister par-delà sa disparition, revendiquant l’audace, la créativité et la complicité féminine qu’incarnait Rykiel. Son héritage survit aussi dans la popularité de la maille, des rayures, et d’un vestiaire à la frontière du chic et du quotidien, empreint d’humour et de liberté.

À travers ses succès, ses combats et ses innovations, Sonia Rykiel reste l’image d’une femme visionnaire, fidèle à Saint-Germain-des-Prés, mais surtout à l’idée d’une mode faite pour épauler la force et l’esprit des femmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

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