LINDA EVANGELISTA

Linda Evangelista voit le jour le 10 mai 1965 à St Catharines, une petite ville canadienne près des chutes du Niagara, au sein d’une famille italo-canadienne aux traditions solides. Dès l’adolescence, Linda sait qu’elle veut percer dans la mode. Repérée à 12 ans lors d’un concours de beauté local — qu’elle ne gagnera même pas —, elle attire pourtant l’œil déterminant d’un agent. Éduquée dans la ferveur catholique par des parents parfois réservés à l’idée de voir leur fille sous les feux des projecteurs, elle fait ses premiers pas dans l’univers du mannequinat à Toronto, avant de tenter sa chance à Paris puis à New York, sans succès immédiat. Sa percée notable ne viendra qu’après plusieurs années de galère.

Cheveux courts, grand succès

C’est en 1988 qu’un coup de ciseaux va bouleverser son destin. Sur la suggestion du photographe Peter Lindbergh, Linda adopte une coupe courte garçonne, « la Linda », qui révolutionne les standards de beauté et inspire toute l’industrie. Ce look audacieux provoque d’abord l’ire du milieu — elle perd plus d’une dizaine de défilés — puis s’impose, propulsant Linda dans la stratosphère des supermodels. Dès lors, aux côtés de Christy Turlington, Naomi Campbell, Claudia Schiffer et Cindy Crawford, elle forme le fameux quintette qui incarne l’ère des « supermodels », synonymes de glamour, d’influence et de salaires faramineux. Son attitude déterminée sera d’ailleurs immortalisée par sa désormais célèbre déclaration : « Nous ne nous levons pas pour moins de 10 000$ par jour ».

Au fil des années 1980 et 1990, Linda multiplie les couvertures — plus de 700 —, les campagnes (Chanel, Clairol, Versace, Dior…), les shows prestigieux, et établit des liens forts avec les créateurs, comme Karl Lagerfeld, dont elle devient la muse chez Chanel. Sa faculté à changer de look au gré des saisons — blonde platine, roux flamboyant, bob asymétrique — en fait la véritable « caméléon » de la mode, première à incarner la transformation et l’audace en continu.

Runway, rockstars et revers

Linda Evangelista marque la mode bien au-delà de son image. Avec ses consœurs, elle contribue à professionnaliser le métier de mannequin, à imposer de nouveaux droits et à redéfinir la notion de star dans ce milieu. Elle participe à la vidéo iconique de George Michael « Freedom! ’90 », apparaît dans des films et documentaires sur la mode, et influe directement sur l’évolution des tendances, notamment avec ses multiples changements capillaires et son style ultra-pointu.

Contrairement à d’autres supermodels, Linda n’a jamais cherché à s’évader vers le cinéma ou d’autres domaines. Son expertise, c’est la mode, dans toutes ses subtilités : poses, mouvements, compréhension des lumières, de la silhouette et du vêtement sont ses armes de prédilection. Cette maîtrise fait d’elle un modèle adulé des photographes et créateurs, toujours capable de sublimer un concept ou une tenue.

Entre glamour et coups du sort

Derrière le glamour se cachent aussi les difficultés. Son mariage avec Gérald Marie, patron d’agence, s’achève sur un divorce douloureux, et Linda doit composer avec des épreuves personnelles : une fausse couche, des relations amoureuses médiatisées, la naissance tardive de son fils Augustin en 2006 au terme d’une grossesse discrète et un combat juridique concernant l’identité du père, le milliardaire François-Henri Pinault.

La période la plus sombre s’amorce dans les années 2010. Victime en 2015 d’une procédure esthétique (CoolSculpting) qui la laisse « brutalement défigurée » selon ses propres mots, Linda s’efface de la scène, sombrant dans le repli et la dépression. La force qu’on lui connaît ne l’abandonne toutefois pas : elle poursuit l’entreprise en justice et gagne un accord amiable. Des années plus tard, elle revient sur ces épreuves, évoquant publiquement sa souffrance physique et psychique, tout en cherchant à sensibiliser sur l’importance de l’acceptation de soi.

Renaissance en talons

À l’approche de ses 60 ans, Linda Evangelista renoue avec la lumière. Malgré deux combats éprouvants contre le cancer (double mastectomie, traitements lourds, récidive au niveau du muscle pectoral), elle affirme savourer chaque journée, fière de vieillir et d’être encore debout. Prônant l’honnêteté et la bienveillance envers soi-même, elle multiplie les prises de parole pour encourager le dépistage et soutenir ceux qui traversent des épreuves similaires.

Linda a récemment accepté des projets choisis avec soin : en couverture de Vogue après des années de retrait, ambassadrice beauté chez Shiseido, et héroïne d’une série documentaire sur sa vie. En 2022, elle marque son retour lors d’une ouverture de la Fashion Week de New York, émouvant la profession entière, et participe à des initiatives philanthropiques, notamment sur le thème du cancer du sein et de l’auto-acceptation.

Son héritage dans la mode est immense : elle a ouvert la voie au mannequinat comme profession à part entière, démontré la puissance de l’image dans la pop culture, et brisé bien des tabous sur la diversité des beautés et l’évolution des corps. Aujourd’hui, loin des podiums incessants, Linda consacre du temps à son fils, à ses engagements et à sa propre reconstruction, affirmant ne plus vouloir s’encombrer d’égards superflus… ni de relations, confiant avec humour qu’elle n’a « plus envie d’entendre quelqu’un respirer ».

Linda Evangelista continue donc, à travers défis et renaissance, d’inspirer la mode et toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans son histoire de résilience, d’audace et de réinvention perpétuelle.

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