RICHEMONT

L’histoire du groupe Richemont commence bien avant sa fondation officielle en 1988. À l’origine, tout débute avec Anton Rupert, entrepreneur sud-africain qui fonde en 1941 la Voorbrand Tobacco Company avec seulement £10 et deux investisseurs. Face au contexte économique difficile de l’après-Grande Dépression, Rupert comprend rapidement que le tabac, peu sensible aux cycles conjoncturels, offre des débouchés stables. Son entreprise évolue, prend le nom de Rembrandt et se diversifie dans les services financiers, les vins, les spiritueux, les mines d’or et de diamants, et la banque, tout en poursuivant son expansion dans le secteur du tabac avec le rachat de Rothmans International en 1954.

Mais c’est en 1968, lors d’un rapprochement entre Rembrandt et Cartier (alors à la recherche d’un nouvel investisseur après la mort de Robert Hocq), qu’une inflexion décisive s’opère pour le futur géant du luxe. En 1979, Rupert prend le contrôle de Cartier et en regroupe les entités internationales. Ce virage prépare le terrain à la grande transformation du groupe.

En 1988, pour faire face à l’isolement international croissant de l’Afrique du Sud sous l’apartheid, la famille Rupert sépare ses actifs étrangers en créant la Compagnie Financière Richemont SA, pilotée par Johann Rupert. L’objectif : protéger et développer les activités internationales dans le luxe hors du contexte sud-africain, tout en évitant les sanctions internationales.

Croissance et diversification : la construction d’un empire du luxe

Initialement, Richemont possède des participations dans Cartier, Rothmans, Alfred Dunhill, Montblanc et Chloé, et dès le début des années 1990, la stratégie du groupe s’oriente vers une scission des activités entre le tabac et le luxe, via la création de Rothmans International (tabac) et de Vendôme Luxury Group (mode et luxe). La fusion de Rothmans avec British American Tobacco en 1999 permet à Richemont d’accroître sa présence dans le luxe, notamment avec l’acquisition progressive de Van Cleef & Arpels jusqu’à en détenir 100% en 2003.

Le début du XXIe siècle est marqué par des arrivées et des créations majeures dans le portefeuille de maisons : Roger Dubuis, Baume (marque horlogère écoresponsable), Watchfinder (horlogerie d’occasion), et Delvaux (maroquinerie belge). Richemont se réinvente également dans la distribution digitale de luxe en prenant le contrôle du site de vente en ligne Net-a-Porter puis en fusionnant ce dernier avec Yoox pour créer un acteur incontournable du e-commerce haut de gamme.

L’engagement et l’ADN du groupe

Richemont se distingue dans l’industrie du luxe par la recherche de l’excellence, la transmission du savoir-faire artisanal et un engagement affirmé pour l’innovation responsable. Le groupe soutient ses Maisons dans la création de produits d’exception et investit sur le long terme dans la formation, à travers, par exemple, des instituts comme l’Institut Horlogerie Cartier. Plus récemment, Richemont a choisi de segmenter stratégiquement ses actifs, se concentrant exclusivement sur le luxe depuis 2008, et intégrant pleinement la dimension digitale au service de l’expérience client.

L’engagement éthique du groupe passe notamment par des codes de conduite stricts vis-à-vis de ses fournisseurs et sous-traitants. Richemont a ainsi été confrontée à des controverses sur les conditions de travail, notamment en Italie chez des sous-traitants. Le groupe a réagi en menant des audits, en coupant ses liens avec les ateliers en infraction et en publiant des codes et chartes éthiques pour préserver sa réputation d’excellence, tout en veillant à gérer la transition sociale pour les employés concernés.

Clientèle, public cible et stratégie omnicanal

Historiquement, Richemont s’adresse à une clientèle internationale très aisée, amatrice de haute horlogerie, joaillerie et accessoires d’exception, avec une forte exigence de personnalisation et d’exclusivité. La stratégie marketing du groupe, centrée autour de l’omnicanalité et du digital, vise aujourd’hui à séduire également les jeunes générations de clients fortunés (millennials, Gen Z), sensibles à l’innovation, à l’expérience client et à l’identité de chaque Maison.

Richemont intègre ainsi boutiques physiques, réseaux distributeurs agréés et plateformes digitales, proposant des services personnalisés (conciergerie, événementiel, after-sales premium) permettant de fidéliser une clientèle globale et multigénérationnelle. Chaque Maison du groupe – Cartier, Chloé, Montblanc, Piaget, Van Cleef & Arpels, etc. – développe sa propre identité tout en bénéficiant du savoir-faire du groupe pour optimiser l’expérience client.

L’influence des directions artistiques sur son évolution

Depuis plusieurs décennies, Richemont s’attache à confier la direction artistique de ses Maisons et la supervision des grandes innovations à des créateurs reconnus et visionnaires. Giampiero Bodino, directeur artistique du groupe depuis 2002, a supervisé et influencé la création joaillière au sommet, tout en permettant à chaque Maison de préserver son ADN propre. De nombreux directeurs artistiques, parfois emblématiques dans la mode ou l’horlogerie, ont marqué l’histoire de Maisons comme Chloé ou Cartier et contribué à la renommée artistique du groupe.

Les choix des directions artistiques et des créateurs maison favorisent la cohérence et la montée en gamme de chaque entité, tout en ouvrant la voie à des innovations audacieuses et des collaborations d’envergure.

Succès commerciaux et marketing

Richemont est aujourd’hui le troisième plus grand groupe mondial du luxe en chiffre d’affaires, juste derrière LVMH et Kering. Les marques Cartier et Van Cleef & Arpels constituent ses piliers économiques, générant une part considérable de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité, avec des marges opérationnelles élevées. La stratégie omnicanale, l’expansion internationale (en particulier en Asie) et l’accent sur l’expérience client personnalisée expliquent le maintien d’une croissance solide malgré des bouleversements sur le marché mondial du luxe. Les résultats financiers de 2025 témoignent d’une croissance continue des ventes, notamment dans la joaillerie et les régions hors Asie-Pacifique, avec un chiffre d’affaires ayant atteint 24 milliards de dollars et une marge brute de près de 67%.

Controverses et gestion de crise

Richemont a été confronté à certaines controverses, notamment sur la gestion de ses sous-traitants et les conditions de travail en Italie, en lien avec le sous-traitant Z Production. Après divers audits ayant mis en lumière des entorses au code de conduite, Richemont a mis fin à plusieurs collaborations et pris des mesures correctives. Le groupe revendique une rigueur accrue dans le suivi éthique de ses partenaires en renforçant ses contrôles et procédures internes, affichant ainsi une volonté de préserver sa réputation en matière de responsabilité sociale et environnementale.

Collaborations majeures et impact

Richemont a multiplié les partenariats et collaborations majeurs au fil des années, tant pour renforcer son offre (comme avec Ralph Lauren dans la montre et la joaillerie) que pour conquérir de nouveaux marchés (partenariat stratégique avec Alibaba pour la distribution en Chine). Le groupe investit également dans les start-up du luxe digital et les hubs technologiques (ouverture d’un tech hub européen à Lisbonne).

Ces collaborations ont permis à Richemont de diversifier son offre, moderniser son image, accélérer sa mutation digitale et s’imposer comme un acteur central du luxe du XXIe siècle.

Vers de nouveaux horizons

Aujourd’hui, Richemont poursuit sa croissance sous la direction de Nicolas Bos (nommé à la tête du groupe en 2024), tout en s’adaptant aux nouvelles exigences des consommateurs et aux défis du secteur : développement durable, traçabilité, digitalisation, et excellence artisanale. Le groupe continue d’écrire son histoire, portée par la vision long terme de la famille Rupert et sa capacité à conjuguer tradition, innovation, et responsabilité.

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