THIERRY MUGLER
Thierry Mugler, né Manfred Thierry Mugler le 21 décembre 1948 à Strasbourg, découvre très tôt un attrait marqué pour les arts. Dès l’âge de neuf ans, il commence l’étude de la danse classique et rejoint, à quatorze ans, le ballet de l’Opéra du Rhin. Ce rapport au corps marqué par la rigueur et la discipline de la danse sera ensuite un fil conducteur dans ses créations de mode. En parallèle, Mugler poursuit une formation en arts décoratifs à Strasbourg, développant ses talents en dessin et en design dès l’adolescence, ce qui finira par supplanter son intérêt scolaire classique. À vingt ans, il décide de s’installer à Paris avec l’intention de devenir styliste.
Les débuts dans la mode et affirmation d’un style
Arrivé dans la capitale française en 1967, Mugler débute comme styliste freelance. Il vend ses premières pièces à Dorothée Bis et Cacharel, puis ouvre sa propre boutique « Gudule ». Rapidement, il se distingue par son goût pour l’excentrique et l’architecture du vêtement, proposant des manteaux longs et des silhouettes extrêmes. En 1973, il lance sa première collection, « Café de Paris », avant d’officialiser la naissance de la maison Thierry Mugler en 1974. Les années 1970 et 1980 voient émerger une vision unique de la féminité et de la mode, à l’opposé du minimalisme ambiant : Mugler s’inspire du cinéma, de la science-fiction, et aime à confronter le spectateur à des défilés-spectacles, où le vêtement devient performance et déclaration esthétique.
L’apogée créative : Haute couture, parfums et collaborations
Au fil des décennies 1980 et 1990, Thierry Mugler impose sa marque via des silhouettes spectaculaires : épaules marquées, tailles ultra-cintrées, matériaux inattendus comme le latex, le cuir ou le métal. C’est l’ère des « power women » et du glamour futuriste, illustrée par des mannequins-icônes et un casting incluant drag queens, artistes, et personnes transgenres, célébrant une diversité inédite sur les podiums. En parallèle de son travail pour la mode, Mugler dessine aussi pour la scène et le cinéma : il crée des costumes pour David Bowie, Beyonce, Madonna, George Michael, Diana Ross, ou encore pour le film « Indecent Proposal » avec Demi Moore.
En 1992, Mugler marque l’histoire du parfum avec la sortie d’« Angel », révolutionnant l’industrie avec son sillage gourmand et sa bouteille en forme d’étoile. Le succès du parfum est immense, consolidant l’association entre haute couture et industrie du parfum, modèle aujourd’hui largement adopté par d’autres maisons de luxe. Il ouvre alors la porte à des déclinaisons beauté, tout en continuant d’explorer la scénographie de défilés grandioses, dont le point d’orgue est le show anniversaire de 1995 au Cirque d’Hiver, qualifié de « Woodstock de la mode ».
Mugler se distingue aussi par ses collaborations hors du commun : direction de spectacles comme « Zumanity » du Cirque du Soleil, création du spectacle « Mugler Follies » à Paris puis de « The Wyld » à Berlin, et conception de costumes pour Beyoncé lors de la tournée « I Am... World Tour ». Il revient brièvement à la création de mode pour Kim Kardashian, en concevant la célèbre robe mouillée du Met Gala 2019.
Difficultés et changement de cap
Au début des années 2000, Mugler fait face à des difficultés financières. En 2002, il se retire officiellement de la mode et laisse la direction de la marque. Le volet couture est mis en pause, seul le parfum et la branche beauté étant conservés par le groupe Clarins, en raison de leur rentabilité. Bien que replié, Mugler reste prolifique dans d’autres domaines, dirigeant des spectacles et multipliant les projets artistiques. Sa passion pour le corps se traduit notamment par un engagement dans le culturisme, et par une transformation physique assumée à la suite de plusieurs accidents graves, dont il ressortira avec une nouvelle approche de l’esthétique et de l’identité.
Héritage et influence sur la mode
Thierry Mugler laisse une empreinte indélébile dans l’histoire de la mode. Son influence se ressent dans la libération créative de la fin du XXe siècle : il a redéfini les codes de la féminité, anticipé les questions d’inclusivité et de représentation qui agitent aujourd’hui le milieu de la mode, et opéré la synthèse entre haute couture, musique, performance et pop culture. Il a contribué à faire du défilé un véritable spectacle total, marquant des générations de créateurs et influençant le concept même de « power dressing ». L’esprit de la maison Mugler, désormais pilotée par Casey Cadwallader, perpétue cette avant-garde à travers des collections acclamées et des hommages répétitifs aux codes du fondateur.
Fin de vie et postérité
Installé entre Paris et New York, Mugler continue de s’investir dans le bien-être, la discipline corporelle et la création sous toutes ses formes, jusqu’à son décès le 23 janvier 2022 à Vincennes à l’âge de 73 ans. Son parcours hors normes, jalonné de triomphes et de remises en question, fait de lui un des créateurs les plus novateurs de sa génération, et sa vision radicale continue d’éclairer l’histoire de la mode contemporaine.