TOM FORD
Du Texas aux Tailleurs
Né le 27 août 1961 à Austin au Texas, Thomas Carlyle Ford – plus connu sous le nom de Tom Ford – grandit entre le Texas et le Nouveau-Mexique, dans une famille d’agents immobiliers. Enfant sensible à l’art, il rêve d’abord de scène et de projecteurs, étudiant l’histoire de l’art à New York à ses 18 ans, tout en prenant des cours de théâtre. Mais la mode l’appelle rapidement : Ford rejoint la Parsons School of Design, d’abord à New York puis à Paris, y obtenant son diplôme en 1986. Un stage déterminant chez Chloé lui ouvre les coulisses du monde de la mode, posant la première pierre de son parcours exceptionnel.
Gucci, Glamour et Grincements
C’est en 1990 que Tom Ford entame sa véritable odyssée dans la mode en intégrant la maison Gucci à Milan comme designer. Le prêt-à-porter féminin puis masculin, les accessoires, tout passe entre ses mains. Très vite, Ford gravit les échelons, devenant en 1994 directeur artistique d’une maison alors au bord de la faillite. Son style audacieux, sulfureux et résolument « porno chic » révolutionne Gucci, transformant la marque en un symbole mondial du luxe sexy : couleurs vives, coupes sensuelles, velours et chemises satinées évoquant les heures folles de Studio 54. Sa touche glam ne tarde pas à séduire des célébrités telles que Madonna et Gwyneth Paltrow, galvanisant un renouveau commercial spectaculaire. En dix ans, il propulse Gucci vers des sommets financiers, avec des revenus passant de 230 millions à près de 3 milliards de dollars avant son départ. La fusion de modernité, provocation et excellence artisanale devient sa signature.
De Gucci à l’Écueil YSL
En 1999, alors que Gucci rachète Yves Saint Laurent, Tom Ford se voit confier la direction artistique, aux côtés de son rôle chez Gucci. Pourtant, ses débuts chez YSL sont tumultueux : ses choix novateurs sont vivement critiqués, y compris par Yves Saint Laurent lui-même, qui lui reproche de trahir l’héritage maison. Malgré des collections qui finissent par trouver un succès d’estime, Ford ne réitère pas le miracle Gucci. Ce passage illustre sa capacité à remettre en question les codes établis, mais aussi les résistances rencontrées lorsqu’on touche à des icônes historiques de la couture.
Ford côté cinéma
En 2004, un conflit sur la direction du groupe avec le nouveau propriétaire PPR (devenu Kering) pousse Tom Ford à quitter Gucci. À la surprise générale, il s’installe à Los Angeles, délaissant temporairement la mode pour se lancer dans le cinéma. Son tout premier film, A Single Man (2009), porté par Colin Firth, remporte l’adhésion des critiques, valant à Firth la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Ce pari audacieux prouve la polyvalence de Ford, capable de s’exprimer tout aussi brillamment derrière une caméra qu’une table de création.
naissance d’un empire personnel
Jamais rassasié de défis, Tom Ford fonde en 2005 sa propre maison, TOM FORD, axée d’abord sur le luxe masculin. Il élargit son univers aux vêtements féminins, accessoires, lunettes, cosmétiques et parfums. En quelques années, il installe sa marque parmi les géants mondiaux du raffinement, associant rigueur dans la distribution et image sexy ultra-contrôlée. Ses parfums, comme Black Orchid ou Oud Wood, deviennent cultes, et sa ligne de lunettes, reconnaissable par le « T » stylisé, s’impose auprès des amateurs d’élégance épurée. Ford joue habilement entre classicisme moderne et innovations sensorielles, fusionnant traditions artisanales et vision actuelle du luxe.
Le magicien des matières
Si Ford excelle dans la mode, il ne s’y limite pas. Son expertise s’étend à la conception d’accessoires, de mobilier, d’objets de décoration et de beauté. L’art du détail, l’importance qu’il accorde au storytelling et à la cohérence de marque font de lui un stratège du luxe, avec une capacité rare à créer le désir. Inspiré par les années 50, il prône le mariage du néo-rétro et de la sobriété, créant une alchimie qui séduit autant femmes qu’hommes. Sa vision : « L’esthétisme doit passer par les choses les plus simples, tout en gardant un maximum d’élégance. »
les hauts, les bas et l’héritage de Ford
Auréolé de multiples récompenses – meilleur designer international, couronné par le Council of Fashion Designers of America, et classé parmi les personnes les plus influentes du monde par Time magazine – Ford n’échappe pas aux difficultés : résistances internes chez YSL, polémiques autour de ses campagnes provocantes, départs conflictuels, rivalités avec certains magnats du luxe. Mais ces obstacles n’altèrent ni sa réputation ni son influence durable. Son passage chez Gucci aura transformé le métier de directeur artistique, mettant en lumière le pouvoir de la « desirabilité » comme moteur de croissance dans la mode. Ford a aussi élargi les frontières de la mode, prouvant, par son travail de réalisateur et entrepreneur, que créativité et stratégie ne sont pas antinomiques mais complémentaires.
Ford aujourd’hui
Après presque trente ans à modeler la mode et le luxe, Tom Ford reste sur le devant de la scène. Malgré la perte de son compagnon Richard Buckley en 2021, Ford poursuit son œuvre. Son empire, fort de millions de paires de lunettes vendues chaque année et de ventes record dans la beauté, prouve sa résilience et son actualité. Récemment honoré pour l’ensemble de sa carrière aux Fashion Awards, il incarne encore aujourd’hui l’audace, la modernité et l’élégance sans concession, tout en inspirant les nouvelles générations de créateurs à oser sortir des sentiers battus.
Tom Ford a su transformer le banal en sublime, la provocation en esthétique, l’entreprise en mythe. Qu’il secoue le vestiaire masculin, transgresse les codes du glamour féminin ou mette en scène la fragilité humaine au cinéma, il a laissé une empreinte indélébile sur la culture contemporaine. Hier prodige, aujourd’hui légende, Ford n’a pas seulement suivi la mode : il a, à sa façon, redéfini le style lui-même.