VALENTINO
Valentino Garavani naît en 1932 à Voghera, nourrit son rêve à Paris puis plante son aiguille à Rome, ville éternelle, en 1960 avec son associé Giancarlo Giammetti. C’est la dolce vita bouillonnante et italienne qui sert d’écrin à l’audace et au raffinement Valentino, tandis que Rome rayonne dans l’Europe des Trente Glorieuses, vibrante de jet-set et de nouvelle société de consommation. Dès le début, Valentino impose le glam’ ravageur, la noblesse des tissus et une sophistication inspirée, dont le fameux “rouge Valentino” devient dès les 60’s la signature incendiaire : un rouge coquelicot, vibrant, assoiffé de passion.
“Very Chic People”
Des débuts, Valentino séduit les élégantes de la Via Veneto, mais bientôt les projecteurs se braquent sur une clientèle internationale. Jackie Kennedy, icône planétaire, porte une robe blanche signée “V” pour ses noces avec Onassis, et c’est tout le gotha, d’Hollywood à la royauté, qui défile : Liz Taylor, princesse Margaret, Sophia Loren, et tant d’autres. Valentino fait rimer exclusivité avec désirabilité, et s’adresse à une bourgeoisie mondiale amoureuse de la grâce intemporelle et d’une “Haute Couture” conçue comme rêve incarné pour femmes d’influence et d’exception.
Garavani Garanti
Tôt, Valentino multiplie les lignes pour jouer la partition moderne : si “Valentino Boutique Ltd” lance le prêt-à-porter dans les années 70, la gamme Miss V et la ligne Oliver viennent compléter la mosaïque d’une marque qui jongle avec l’élitisme de la couture et l’accessibilité relative du luxe en série. Première boutique à Milan en 1969, ouverture à New York, Rome, Tokyo, lancement du premier parfum en 1978 : Valentino fait danser planète Mode tout en gardant la main sur chaque maillage de l’identité, de la collection blanche (consacrée à Jackie Kennedy) à l’apparition systématique du grand V.
expansion, fondations, et rayonnement
Dans les années 80 et 90, Valentino sort du dé à coudre pour conquérir le monde : tenues pour les athlètes italiens aux JO de Los Angeles, lignes enfants, organisation de défilés au Metropolitan Museum de New York (historique !), ouverture de l’Académie Valentino, édition de livres rouges et expositions rétrospectives. Une stratégie de légitimité musclée : la marque cultive son héritage, mais investit aussi dans les accessoires (sacs, chaussures, lunettes), bientôt transformés en “it-items” sous l’ère post-fondateur.
du Maestro mythique à la modernité malicieuse
Valentino Garavani tire sa révérence (ou presque) en 2007, refermant un règne de plus de 45ans, salué par toutes les sphères créatives. La direction artistique passe brièvement par Alessandra Facchinetti, puis par le tandem Maria Grazia Chiuri et Pierpaolo Piccioli, qui opère un subtil virage, infusant à la marque sensualité contemporaine, inclusivité et gaillardise pop (studs Rockstud, campagnes colorées, diversité sur les podiums). À partir de 2016, Piccioli solo, affermit encore ce style éthéré, romantique, plus young & fresh, jusqu’à son départ en 2024. Place désormais à Alessandro Michele, ex-Gucci, pour une nouvelle page “baroque-bohème” exubérante et attendue, avec une première collection Printemps-Été 2025 déjà source de débats enflammés.
Succès commerciaux
Entre 2012 et 2023, la marque — acquise par le fonds qatari Mayhoola for Investments, puis partagée avec Kering (30% en 2023) — cartonne : la réputation explose, la dimension retail supplante le grossiste, les relais digitaux s’accélèrent, les accessoires deviennent 63% des ventes dès 2019 et l’Asie devient moteur de croissance. Malgré une légère contraction du CA à 1,35milliard€ en 2023, la stratégie retail, l’essor ecommerce (+62% en 2020), et l’implémentation d’expériences immersives accroissent le sentiment d’appartenance et la légitimité générationnelle de la griffe.
Engagement, valeurs et beauty-full inclusion
Valentino embrasse officiellement l’inclusion et la diversité, tant dans ses choix de mannequins (Adut Akech, Florence Pugh égéries Beauty) que dans la multiplicité des genres et corps sur le runway. Lancement de la Bottega Couture à Rome — pour former les nouvelles générations d’artisans —, soutien à la durabilité (palettes et rouges recylcables), campagnes d’engagement pour l’égalité, Valentino se veut acteur d’une beauté plurielle et responsable à l’ère post-MeToo et anti stéréotypes.
Polémiques, écueils et rebonds — “Valentino, houle et excuses”
Aucune grande maison n’échappe aux vagues. En 2021, Valentino choque au Japon en posant une mannequin sur du tissu évoquant l’obi traditionnel : accusation d’appropriation culturelle, indignation numérique, campagne retirée et excuses publiques de la maison, engageant à renforcer sa sensibilisation à la diversité. Plus récemment, la prise en main d’Alessandro Michele a généré un déluge de critiques : son premier défilé, au décor de toilettes publiques, déconcerte et polarise, certains fustigeant une rupture trop brutale avec l’ADN d’élégance de la maison, d’autres l’accusant de “Guccification”. Les débats font rage — mais la marque persiste à cultiver son grain de folie dans la tempête en visant le renouveau par l’audace.
Valen-titans du marketing et collab’ de choc
La marque élève l’art des collaborations : avec Vans en 2025, mélangeant checkerboard et rosso Valentino sur baskets cultes, le tout orchestré pour capter la Gen Z fan de street-luxe. Précédemment, des initiatives avec Yoox Net-A-Porter (plateforme digitale commune), des collections capsules pop ou des campagnes menées par stars (Harry Styles en fer de lance), propulsent Valentino hors de son pré-carré Couture pour toucher la rue, les réseaux et le cœur des nouvelles classes créatives.
Conclusion cousue main : Valentino, du rouge carmin à la révolution chromatique
Ainsi, Valentino, du mythe “Haute-Romance” italienne à la conquête streetwear disruptive, continue à filer sa légende entre fidélité à l’élégance originelle et reconquête par la sincérité, la créativité, la diversité et parfois la provocation — cultivant cet art si rare de rester, toujours, au centre des passions, des regards et des polémiques, sans jamais se défaire totalement de son chic éternel.