6 looks iconiques qui ont changé la mode
Les tendances passent, mais certaines silhouettes changent définitivement le cours de l’histoire de la mode. De la petite robe noire de Chanel au New Look de Dior, du smoking d’Yves Saint Laurent à la minijupe de Mary Quant, de la robe Mondrian au polo Ralph Lauren et au pull trompe‑l’œil de Schiaparelli, ces pièces iconiques ont redéfini ce que signifie s’habiller, se présenter au monde et revendiquer sa place dans la société. Revenons sur 6 looks légendaires qui ont marqué la mode, afin de comprendre comment ils sont nés, ce qu’ils disent de leur époque et pourquoi ils restent, encore aujourd’hui, au cœur de notre imaginaire stylistique.
La Petite robe Noire de Chanel (1926)
La LBD (Little Black Dress), ou petite robe noire en bon français, est née en 1926, dans l’après-guerre. Dans ce contexte social et économique flou, où la garde-robe n’était plus une préoccupation mondaine, le noir est associé au deuil ou aux classes plus modestes. Les couleurs étant chères à la production, les parures chatoyantes étaient réservées à une élite qui pouvait se permettre la haute couture, mais c’était sans compter sur la guerre qui a le don de réinitialiser les priorités et les mentalités. Chanel, qui a grandi dans un orphelinat austère, va permettre au noir de rayonner. Sur une robe à la coupe droite, courte et épurée, la petite robe noire, c’est la robe classique, la base d’une garde-robe, le chic sans effort dans un monde où porter des crinolines de 10 kilos est obsolète. Désormais, la petite robe noire ne vous permet plus de dire “je n’ai rien à me mettre” car elle est la seule robe dont vous avez besoin. La petite robe noire – portée par les femmes d’en bas, celles que l’on ne regarde pas, à qui on ne parle pas car elles sont là pour servir les femmes bien nées – va devenir symbole d’une élégance sobre et discrète.
La parution de la robe dans Vogue en 1926 lui vaut le surnom de « Ford de Chanel », référence à la Ford T : une pièce standardisée, simple et destinée à « toutes les femmes de goût », ce qui choque dans un univers où le luxe se définit encore par l’opulence et la couleur. Le scandale tient à la fois au noir, jugé indigne en dehors du deuil, et à la coupe raccourcie qui rompt avec la silhouette traditionnelle, tout en s’inscrivant dans la figure de la garçonne et de la femme active des années folles. La création révèle une société en transition, où les femmes travaillent davantage, cherchent des vêtements fonctionnels et revendiquent une nouvelle place publique.
La parution de la robe dans Vogue en 1926 lui vaut le surnom de « Ford de Chanel », référence à la Ford T : une pièce standardisée, simple et destinée à « toutes les femmes de goût », ce qui choque dans un univers où le luxe se définit encore par l’opulence et la couleur. Le scandale tient à la fois au noir, jugé indigne en dehors du deuil, et à la coupe raccourcie qui rompt avec la silhouette traditionnelle, tout en s’inscrivant dans la figure de la garçonne et de la femme active des années folles. La création révèle une société en transition, où les femmes travaillent davantage, cherchent des vêtements fonctionnels et revendiquent une nouvelle place publique.
Dans l’ADN de la maison, cette robe cristallise tous les codes de Chanel : minimalisme sophistiqué dans le détail, palette sobre composée de noir, blanc et beige, refus de l’ornement inutile pour mieux mettre en valeur le corps et la gestuelle, et surtout l’idée d’un luxe accessible. La petite robe noire dialogue ainsi avec le tailleur en tweed, le sac 2.55 ou les ballerines bicolores : des « uniformes » modernes, reproductibles, qui démocratisent la haute couture tout en imposant un style immédiatement reconnaissable. Elle incarne la phrase attribuée à Chanel selon laquelle la mode passe mais le style demeure.
Son héritage se déploie tout au long du XXᵉ siècle : Hollywood la consacre avec Audrey Hepburn chez Givenchy dans Breakfast at Tiffany’s, puis avec d’autres icônes comme Rita Hayworth ou Jackie Kennedy, et elle devient un pilier de la garde‑robe féminine, considérée comme un basique indispensable. Aujourd’hui encore, la petite robe noire reste un archétype : continuellement réinterprétée sur les podiums (chez Chanel comme ailleurs), elle incarne l’élégance à la française, la polyvalence et l’intemporalité, au point de devenir une métaphore culturelle autant qu’un vêtement réel.
Le Pull Trompe-l'œil de Schiaparelli (1927)
En 1927, Elsa Schiaparelli, créatrice italienne fascinée par les sweaters tricotés à la main qu'elle aperçoit à Paris, recherche l'artisane arménienne qui les fabrique. Elle passe commande et collabore directement avec la tricoteuse pour créer un pullover révolutionnaire : un vêtement aux motifs en trompe-l'œil où des nœuds blancs, des fausses écharpes, des cravates ou des ceintures semblent « ornés » sur le tricot noir. Cette première collection de 1927 marque la naissance de la maison Schiaparelli et annonce une vision radicale : intégrer l'art et l'illusion à la mode dès le départ.
Le pull trompe-l'œil de Schiaparelli est révolutionnaire car il anticipe le surréalisme en mode : les motifs dépassent la simple décoration pour créer une confusion entre le réel et l'irréel. Cette audace attire immédiatement l'attention des avant-gardistes parisiens : Cocteau, Man Ray, Salvador Dalí et les surréalistes reconnaissent en Schiaparelli une alliée. Alors que Chanel impose la simplicité, Schiaparelli s'approprie le rêve, la fantaisie et la subversion comme outils créatifs. Elle ouvre les portes de la mode à toute l'avant-garde artistique du début du XXe siècle.
À partir de 1936, Schiaparelli collabore officiellement avec Salvador Dalí, créant des pièces surréalistes devenues légendaires : des robes à tiroirs, des tailles avec poches en forme de boîtes, un chapeau-chaussure (un escarpin renversé), des créations ornées de homards, de papillons, de fleurs de porcelaine. Son esthétique subvertit le réel, proposant des vêtements qui libèrent les femmes non par la simplicité (comme Chanel) mais par l'imagination débridée. Schiaparelli affirme que « en période difficile, la mode est toujours extravagante », transformant le vêtement en instrument d'évasion rêveuse.
Le trompe-l'œil et le surréalisme de Schiaparelli incarnent une vision philosophique de la mode : vêtir le corps pour transformer la réalité, créer une armure d'imaginaire contre l'austérité du réel. Bien que son influence ait diminué après la Seconde Guerre mondiale avec l'ascension de Dior, la maison Schiaparelli expérimente une renaissance spectaculaire depuis 2020 sous la direction de Daniel Roseberry, qui réinterprète les pièces iconiques de Schiaparelli. Aujourd'hui, le surréalisme de Schiaparelli revient à la mode, prouvant que l'audace délibérée, l'onirisme et l'art surréaliste appliqués à la mode possèdent une intemporalité propre.
Le New Look de Christian Dior (1947)
Et comme une seule guerre ne peut pas redessiner toute la mode, en voici une autre. La Seconde Guerre mondiale a été tragique autant pour l’humain que pour la culture. Jusqu’aux années 30, la France rayonne dans le monde, notamment grâce à la mode. Les grands et grandes créateur·ices de la mode viennent de Paris ou vont à Paris. Lorsque la guerre frappe et cogne la France en plein cœur, c’est New York qui brillera pendant que Paris et ses ateliers sombrent.
Christian Dior, dont la sœur chérie Catherine fut résistante et déportée par les Allemands, va, dès la fin de la guerre, créer sa maison de mode. Christian Dior le dit, il aime le corps des femmes et veut lui rendre hommage, alors que la guerre a eu pour conséquence de le cacher. Par sa première collection intitulée “Corolle” en 1947, il ouvre la voie à une mode à nouveau ostentatoire. Le “New Look”, comme le dira Carmel Snow, la rédac’ chef de Harper’s Bazaar, va rejeter délibérément la mode « pratique » d'avant-guerre incarnée par Chanel et ses lignes épurées pour proposer une silhouette diamétralement opposée : épaules arrondies, taille étranglée, buste souligné et jupes très amples descendant sous le genou. Inspiré par la critique de la mode 1920-1930 et les body-shapers du XIXe siècle, Dior imagine des « femmes-fleurs » où la féminité s'épanouit dans une opulence textile proche de 20 mètres de tissu par robe.
La réaction du public est viscérale : inconnu le 12 février 1947, Dior devient célèbre dès le lendemain. Le New Look apaise les âmes en deuil par une débauche de couleur et de matière, répondant au traumatisme de la guerre par une affirmation radicale de la vie et de ses plaisirs. Cependant, cette opulence textile choque aussi : les féministes américaines critiquent ces jupes qui s'allongent à nouveau, tandis que le contexte de rationnement rend ces robes scandaleusement profuses. Certains voient une provocation bourgeoise quand d'autres découvrent une renaissance.
Le tailleur « Bar » avec son col châle devient la signature de la maison. Cette esthétique structure toute la légende Dior : la féminité glorifiée, l'opulence contrôlée, la séduction par le volume. Ce New Look traverse les décennies en inspirant des générations de créateurs. Il devient une référence cinématographique et symbolise l'élégance classique française. Aujourd'hui encore, les collections Dior perpétuent cet ADN de la taille cintrée et de la féminité magnifiée, confirmant que ce défilé de 1947 a posé les fondations intemporelles d'une maison devenue l'une des plus prestigieuses du luxe mondial.
La Minijupe de Mary Quant (1960s)
À la fin des années 1950, Mary Quant, jeune créatrice londonienne qui a ouvert sa boutique « Bazaar » sur King's Road en 1955, commence à expérimenter avec des jupes raccourcies. Inspirée par les tendances émergentes et animée par l'esprit de contestation des années 1960, elle lance officiellement la mini-jupe lors de sa collection printemps-été 1965. Ce vêtement devient rapidement le symbole de la « Swinging London », la révolution culturelle britannique où la jeunesse défiait les conventions établies de l'après-guerre.
La minijupe accompagne un mouvement bien plus vaste : le « Youthquake », le soulèvement de la jeunesse européenne qui revendique la liberté sexuelle, le féminisme et l'émancipation. Elle dévoile les genoux pour la première fois dans les boutiques grand public, ce qui provoque le choc : une génération de mères en jupes à mi-mollet regarde leurs filles dévoiler leurs jambes. Mary Quant qualifie son innovation elle-même d'« arrogante, agressive et sexy », reconnaissant que la minijupe ne cherche pas à plaire à l'establishment mais à le défier. Rapidement, d'autres créateurs comme André Courrèges, Pierre Cardin, YSL et Paco Rabanne la reprennent et l'exportent.
La minijupe incarne une vision nouvelle de la féminité : non plus l'ornement passif, mais la jeune femme active, sportive, sexuellement autonome. Elle se porte avec des collants pratiques, des bottes, des escarpins à talon carré et géométrique, formant une silhouette épurée et énergique. Elle transcende rapidement les frontières britanniques pour conquérir New York, Paris et le monde. Son succès repose aussi sur l'accessibilité : la minijupe est facile à porter, à reproduire, peu chère, et elle permet de jouer avec les matières et les couleurs.
De simple création de contestation juvénile, la minijupe devient un basique intemporel de la garde-robe féminine. Elle s'inscrit dans l'histoire de la libération des femmes, incarnant le moment où la mode cesse d'être imposée et devient un choix personnel. Aujourd'hui encore, elle demeure un classique que les femmes réinterprètent selon leur style, portée avec des collants opaques ou des leggings pour en tempérer l'audace originelle.
La Robe Mondrian d'Yves Saint Laurent (1965)
Mary Quant se met à raccourcir les jupes et André Courrèges s’y met aussi. Comment Yves Saint Laurent va bien pouvoir exprimer sa créativité tout en restant dans l’ère du temps ? Lui qui a dû succéder à la hâte à son mentor pour finalement ouvrir sa propre maison avait déjà du succès. Hors de question de faire un flop après tout ce travail, mais la mode change trop rapidement. Alors qu’Yves Saint Laurent doit travailler la collection automne-hiver 1965, sa chère mère lui offre un livre. Ce livre retrace et raconte les œuvres de l’artiste néerlandais Piet Mondrian. Piet Mondrian est un artiste abstrait dont la signature se trouve dans des lignes géométriques basiques et les couleurs primaires. Saint Laurent a alors une « sorte de révélation » : il décide de dessiner une première robe inspirée par les toiles abstraites de Mondrian, puis redessine largement sa collection automne-hiver 1965 autour de cette découverte artistique. Parmi les 106 modèles présentés le 6 août 1965, ce sont 26 robes de cocktail rendant hommage à Mondrian qui créent la sensation.
La robe Mondrian incarne une rupture dans l'histoire de la mode : ce n'est plus un créateur qui s'inspire d'un artiste, mais Saint Laurent qui assimile entièrement l'œuvre d'art et la transpose en vêtement. La robe emblématique est un fourreau droit en jersey sans manches, descendant jusqu'aux genoux, reprenant la composition géométrique du tableau Composition C (N° III) de 1935 avec ses lignes noires et ses aplats de couleurs primaires (rouge, jaune, bleu). Elle se ferme par une simple fermeture éclair créée avec l'aide d'Azzedine Alaïa. Sa coupe simple en « robe sac » des années 1950 s'oppose à la complexité du motif, créant une harmonie révolutionnaire.
La presse salue immédiatement le « dynamisme créé par le jeu des lignes noires et des couleurs vives », parlant de « révolution ». La robe est largement copiée, notamment aux États-Unis, popularisée par les couvertures du Vogue français, du Harper's Bazaar et du magazine Elle. Curieusement, la robe Mondrian devient si célèbre que « pendant longtemps on connaissait Mondrian par la robe Mondrian ». La première rétrospective de Mondrian n'a lieu qu'en 1969 au musée de l'Orangerie, quatre ans après le défilé YSL.
Cette création cristallise l'évolution du statut de la mode : elle « marque le moment où la mode change de statut et commence à devenir un art en soi ». En 1978, YSL et Pierre Bergé font l'acquisition d'une toile de Mondrian lui-même, cimentant ce dialogue. La robe Mondrian demeure une création iconique, rééditée régulièrement et présentée aux grandes rétrospectives YSL. Elle symbolise la capacité du couturier à translittérer la géométrie picturale en silhouette vivante, faisant de la robe un tableau porté.
Le Smoking d'Yves Saint Laurent (1966)
Quel que Malgré le passage de Chanel dans le design des robes courtes, il est encore d’usage de porter une robe longue aux évènements mondains. Côté professionnel, impensable d’imaginer une femme habillée autrement qu’en jupe, qu’elle soit en corolle ou en crayon. Yves Saint Laurent bouleverse alors les codes en 1966 en proposant le smoking féminin. Présenté dans la collection automne-hiver 1966-67, ce smoking s'inspire délibérément du vêtement masculin : veste longue noire aux quatre poches boutonnées, pantalon droit, chemise en organdi blanc avec jabot, lavallière, ceinture de satin. Hors de question de prendre le costume d’un homme et de le mettre sur une femme (on est loin du jean boyfriend), YSL adapte complètement le look pour les femmes. Il le repense et l’adapte pour la féminité, de par sa coupe ou ses détails comme le ruban de soie au lieu d’un nœud papillon.soit le cas, la façon dont vous racontez votre histoire en ligne peut faire toute la différence.
La réaction de la presse et du public est glaciale au départ. Un seul exemplaire se vend suite au défilé et les clientes de haute couture restent consternées par ce « costume pantalon ». L'idée qu'une femme élégante puisse sortir le soir en pantalon paraît inconcevable, presque obscène. Cependant, Women's Wear Daily aperçoit le génie : il désigne YSL comme le « lanceur de bombes le plus élégant du monde de la mode ». Cette provocation incarne une transgression audacieuse dans un moment où les femmes revendiquent le droit de s'habiller comme elles l'entendent.
Le smoking féminin est inséparable de la vision YSL : démocratiser l'élégance en ouvrant, quelques mois plus tard en septembre 1966, sa première boutique « Rive Gauche » de prêt-à-porter où le smoking se vend 680 francs. C'est un prix modique comparé à la haute couture, rendant l'audace accessible aux femmes de classe moyenne. Le smoking devient le manifeste de Saint Laurent : la femme moderne peut revêtir les attributs du pouvoir masculin sans renier sa féminité, elle choisit ses codes vestimentaires librement.
De création scandaleuse et peu vendue, le smoking passe au statut de classique du vestiaire féminin et de création emblématique pour le couturier. Des décennies plus tard, il demeure un basique associé à YSL, porté par les femmes en quête d'élégance androgyne et sophistiquée. Le smoking incarne la révolution silencieuse d'YSL : transformer la mode en outil d'émancipation féminine.
Ces 6 looks iconiques montrent que la mode ne se résume pas à des vêtements, mais à de véritables manifestes portés sur le corps. Chaque pièce – de la petite robe noire de Chanel au polo Ralph Lauren, en passant par la robe Mondrian, le New Look ou le smoking YSL – a cristallisé une rupture esthétique, sociale ou culturelle, au point de devenir un repère incontournable dans l’histoire de la mode. Pour construire une garde‑robe consciente et inspirée, revenir à ces silhouettes fondatrices permet de mieux comprendre les tendances actuelles et de choisir, en connaissance de cause, les pièces qui deviendront les classiques de demain.